Gérardmer 2017 : avant-première du nouveau film de l’invité d’honneur de cette année Kiyoshi Kurosawa, Le secret de la chambre noire et les courts métrages qui sont mis sous les projecteurs avec la présentation des 5 films qui vont s’affronter pour le prix du jury

[Compétition Courts métrages]

Cette année, cinq courts métrages français vont donc se disputer le prix du meilleur court. Un prix qui sera délivré par un jury présidé par le réalisateur français Xavier Palud qui a travaillé notamment sur des séries telles que Braquo et dans lequel on retrouve l’acteur Swann Arlaud ou encore l’actrice Constance Rousseau qui joue dans le film de Kurosawa présenté plus tard dans cette soirée.

La sélection propose des courts très différents, dans la durée, variant de 7 à 30 minutes, dans les thèmes traités, dans la façon de le faire également et dans les moyens mis à disposition. Le premier présenté est Limbo, une coproduction franco-grecque tournée dans la langue hellénique. Réalisé par Konstantina Kotzamani, Limbo est typiquement le film qui se veut arty mais qui n’en a pas l’envergure. Pendant 30 minutes on suit une troupe d’enfants et un albinos dans des images contemplatives qui ne mènent à rien. De quoi mal démarrer cette séance : de là, plusieurs personnes ont abandonné l’épreuve ! Par malchance, la deuxième œuvre proposée ne relèvera pas foncièrement le niveau. Marée basse de Adrien Jeannot a au moins le mérite d’être court (7 minutes), en plus d’être un film fait avec peu de moyens. Parlant du thème de la peur de l’étranger avec autant de finesse qu’un Michael Bay, le film raconte l’histoire d’un homme protégeant sa plage de l’invasion de monstres sous les ordres du gouvernement. Sous-texte intéressant mais très mal traité. Place ensuite à un film d’étudiants de l’ESRA, le collectif de la Mouche, Margaux traite de l’adolescence et de la découverte de la sexualité. Pas de doute, on remarque très vite qu’on se trouve face à un film d’étudiants, l’idée est sympathique mais le traitement est parfois maladroit. La fin ouverte est plutôt plaisante, mais certaines actrices ne sont pas au niveau. On se trouve face à une ébauche qui a du mérite et qui témoigne d’un certain potentiel. Une découverte honnête. On ne peut pas en dire autant du quatrième court métrage. Le plan réalisé par Pierre Teulières donne l’impression d’être un morceau de film pris au hasard. Le réalisateur parlait en début de présentation d’un film d’ambiance, mais cette ambiance n’arrivera jamais au cours des 13 minutes à vraiment s’installer. On assiste à quelque chose déjà vu des millions de fois et le design de la bête n’aide pas du tout à ça. Après quatre films de qualité globalement faible ayant causé le désistement de nombreux festivaliers, on attendait beaucoup du dernier pour essayer de rattraper la sélection. Heureusement, Please Love me Forever de Holy Fatma est l’œuvre providentielle qui a redonné de l’enthousiasme à toute la salle. En moins de 30 minutes, la réalisatrice nous transporte dans son univers loufoque si particulier. Dès les 3 premiers plans, on retrouve plus d’idées de cinéma que dans les 4 autres concurrents réunis. Drôle et féerique, avec une esthétique baroque très colorée, un traitement des relations mères-filles et de la vision de l’amour à l’adolescence, Please Love me Forever réussit haut la main tout ce qu’il entreprend. Un véritable régal.

[Compétition] The Girl with all the gifts de Colm McCarthy ( Royaume-Uni, 2016)

Après les courts métrages, retour à la très disputée compétition des longs métrages avec l’une des plus belles surprises de cette édition. The Girl with all the gifts est un film d’infectés lorgnant beaucoup vers des œuvres telles que 28 jours plus tard ou le jeu vidéo The Last of us dont il est difficile de renier la ressemblance. Un agent pathogène contenu dans un champignon touche en effet la population qui se retrouve transformée en monstres attirés par la chair humaine. Un groupe de recherche effectue des expérimentations sur des enfants affectés par l’élément pathogène et qui pourraient être la clé nécessaire à la création d’un vaccin. Malgré ces similitudes, The girl with all the gifts est un film détonnant. Avec ses personnages développés et empathiques, son rythme à la fois très nerveux comme en témoigne l’impressionnante séquence d’attaque du centre de recherche et qui sait se poser à certains moments, il en résulte un film de genre à l’efficacité percutante. Si l’on ajoute à ça une ambiance post-apocalyptique très bien retranscrite, que ça soit dans la survie des personnages ou dans les effets spéciaux offrant des visuels de villes reprises par la nature, le travail derrière le film se fait clairement ressentir. Le petit message écologique, montrant que l’homme n’est pas forcément la créature qui doit décider pour tout le reste, couplé à la réflexion sur certains concepts (comme le démontre cette belle utilisation de l’expérience du chat de Schrödinger) offrent une certaine portée au film qui va au-delà du simple divertissement. Servi par un casting d’acteurs anglais reconnus parmi lesquels Gemma Arterton, Glenn Close ou Paddy Considine et la fraîcheur de la jeune Sennia Nanua, The girl with all the gifts se présente comme une des meilleures expériences de la compétition et pourrait espérer repartir avec un petit prix.

Réalisé par Colm McCarthy avec Gemma Arterton, Sennia Nanua, Paddy Considine, Glenn Close. Date de sortie inconnue.

[Hors compétition] Le secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa (France, Belgique, Japon, 2016)

En ce samedi soir, le festival de Gérardmer a donc payé son hommage au metteur en scène Kiyoshi Kurosawa. Après une très belle présentation de la part de Jean-François Rauger, parlant du cinéma du réalisateur nippon alimenté par les peurs, les fantômes, tout en offrant une exploration des recoins sombres de l’âme humaine, suivie par un petit discours de Kurosawa avec une sympathique métaphore entre son cinéma et le lac gelé de Gérardmer, il était temps de découvrir en avant-première son nouveau film, Le Secret de la Chambre Noire. Et si l’avenir du cinéma français se trouvait dans les réalisateurs étrangers ? C’est une question que l’on peut se poser car après l’ouragan Elle de l’an dernier, on assiste ici avec l’œuvre de Kiyoshi Kurosawa à un autre tour de force. Il va être difficile de rendre l’hommage dû à ce film en si peu de lignes et sans véritablement trop en dévoiler, tellement Le Secret de la Chambre Noire peut se prêter à de nombreuses analyses. Une chose est sûre, le film transpire le cinéma de Kurosawa, que cela soit dans sa forme avec son rythme lent et contemplatif et à la mise en scène millimétrée ou dans ses thématiques. Fantômes hantant les protagonistes, peur du changement et de faire face au présent et la culpabilité, les obsessions du cinéaste japonais sont bel et bien là. À la fois maline, angoissante, fascinante, cette aventure française n’est pas une oeuvre facile d’accès comme en témoignent certains retours récoltés à la sortie de la séance, mais qui une fois embrassée se révèle d’une grande richesse et d’une impressionnante maîtrise. C’est un film qui mérite de se pencher dessus et qu’il faut laisser mûrir. Le mieux est de finir par un petit mot sur le casting très particulier, si Tahar Rahim et Olivier Gourmet offrent de belles prestations, celle de Constance Rousseau peut diviser, mais son aspect ingénue lui confère un certain charme. Le cinéma de Kiyoshi Kurosawa s’est parfaitement adapté à l’occident.

Réalisé par Kiyoshi Kurosawa avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet, Mathieu Amalric. Sortie en salles le 8 mars 2017.

Demain est donc déjà le dernier jour de cette 24ème édition du festival de Gérardmer. Grave est le dernier film à entrer dans la compétition, et l’on saura enfin le palmarès en début de soirée. Une dernière journée qui n’empêchera pas de découvrir encore quelques films hors compétition.

  Grave, un film de Julia Ducournau : Critique

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