Dark Matter : trou noir pour l'équipage !
3.5Note Finale
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Dark Matter est une série de bonne facture avec une écriture cohérente, des révélations maîtrisées et des personnages attachants, malgré un potentiel pas totalement exploité.

Synopsis : Des personnes se réveillent les uns après les autres dans un vaisseau spatial, sans aucun souvenir de qui ils sont. Pour s’en sortir, ils s’appellent par des numéros en fonction de l’ordre dans lequel ils se sont réveillés. Petit à petit, ils parviennent à obtenir des informations sur leur identité ou leur passé. Mais la méfiance est de mise, alors qu’ils ne peuvent compter que les uns sur les autres pour survivre dans un univers dangereux. Cette équipe hétéroclite instable va rapidement se retrouver prise à partie entre de puissantes corporations qui luttent pour s’accaparer les ressources des planètes colonisées.

Inspirations diverses

Dark Matter fait partie de ces nouvelles séries de space opera commandées par SyFy ces dernières années (comme the expanse et killjoys), chaîne qui a décidé de réinvestir dans ce genre.

A priori rien de bien nouveau dans le concept, et la série fait indéniablement penser à d’autres œuvres du même style, rappelant les grandes heures de Stargate, ainsi que quelques touches de Firefly. Difficile également de ne pas y voir un point de ressemblance avec Continuum pour son futur marqué par la dictature de corporations puissantes et amorales, impression renforcée par la présence d’un même acteur au casting (Roger Cross, 6). Pour la ressemblance avec Stargate, cela n’a toutefois rien d’étonnant puisque l’on y retrouve les mêmes producteurs (Joseph Malozzi et Paul Mullie). Le design du vaisseau est d’ailleurs assez proche de la dernière déclinaison de la franchise.

La série exploite plusieurs idées de science fiction, comme des clones commandés mentalement à distance, des androïdes très humanisés, des hommes artificiellement améliorés, des armes de destruction planétaire, des inventions courbant l’espace-temps, de quoi apporter un minimum de satisfaction aux amateurs de science-fiction.

Dès la saison 2 et de manière plus marquée à la saison 3, la série tend à exploiter des thèmes plus que classiques, comme le voyage dans le temps et les mondes parallèles. Un classicisme un peu regrettable tant ces thèmes se retrouvent déjà dans nombre de séries, et semble trahir une certaine facilité dans le choix des histoires. Ce genre d’histoire, qui suggère que la technologie humaine est mûre pour le voyage temporel ou entre les dimensions, sort la série de la catégorie réaliste dans laquelle elle pouvait encore prétendre appartenir à ses débuts.

Ressort scénaristique habilement employé

La perte de mémoire est un ressort souvent employé, et pas seulement en science-fiction, pour son potentiel en termes de mystères et de révélation. Et c’est ce qui fait le potentiel de la série : les membres découvrent petit à petit, par bribes, qui ils étaient et leurs motivations, pour se rendre vite compte que tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.
En effet, même si dans leur vie oubliée ils constituaient un équipage, tous n’étaient pas là pour les mêmes raisons. Certains avaient réellement commis des actes criminels ; d’autres étaient accusés à tort, mais, pour survivre ou se venger, ils n’en sont pas moins devenus dangereux et prêt-à-tout pour accomplir leurs buts.

Cette ignorance et ces incertitudes rendent très difficile l’instauration d’une confiance, alors qu’ils se retrouvent tous dans la même situation et ne peuvent compter que les uns sur les autres. Comment en effet se reposer sur des personnes que l’on ne connait pas, des personnes potentiellement dangereuses qui plus est ? La révélation que la perte de mémoire n’était pas un accident mais un acte volontaire à priori commis par un membre de l’équipage renforce cette paranoïa. Une confiance qui apparaît pourtant indispensable, puisqu’ils sont seuls dans un monde dangereux dont ils ne connaissent plus rien.

Des personnages plus complexes qu’il n’y paraît

Si de prime abord les personnages pouvaient paraître assez lisses et stéréotypés, entre le bourrin détestable, le guerrier muet, ou la petite ingénieuse bizarre, la suite les rend plus ambigus et les plus retors ne sont pas forcément ceux que l’on pourrait croire. Le personnage du bourrin détestable par exemple (3, Anthony Lemke) s’il donne l’impression de pouvoir les trahir à la première occasion, semble être plus attaché qu’il n’y parait et ses fâcheuses habitudes relèvent plus d’une grande gueule que d’un mercenaire sans foi ni loi. La leadeuse autoproclamée (2, Melissa O’Neil) semble prendre à cœur l’intérêt de l’équipage, quitte à leur mentir ou les manipuler. Et derrière son mutisme et sa maîtrise de soi, que cache l’homme aux sabres (4, Alex Mallari), est-il du genre à se soucier d’autrui ou ne suit-il que ses propres intérêts ?

La série semble avoir voulu effectuer quelques tentatives pour renouveler le casting et apporter de nouvelles têtes, mais sans aller jusqu’au bout et force est de constater que chaque nouveau personnage introduit ne reste finalement pas longtemps sur le vaisseau.

Continuité marquée

Aux questions des personnages s’ajoutent des éléments du vaisseau à la fonction encore inconnue. Un pendentif, une porte fermée, un cadavre non identifié, ou d’étranges rêves qui semblent être les souvenirs des autres…

A propos des mystères, c’est un point positif de la série : ils ne trainent pas en longueur. Ainsi la révélation du rôle de l’équipage est donnée dès le premier épisode, laissant à chacun la tâche de digérer la nouvelle et de chercher plus tard son rôle exact et ses motivations. Quand des personnes gardent un secret, il finit par être rapidement révélé, sans servir de remplissage où l’on s’attarde sur les efforts de la personne concernée pour le cacher. L’histoire avance ainsi à chaque épisode.

Les intrigues de chaque personnage sont ainsi développées en parallèle. Le scénario est donc assez riche, mais une intrigue globale parvient toutefois difficilement à se dessiner. Il faut attendre la fin de la saison 2 et la saison 3 pour commencer à voir apparaître un fil directeur.

L’univers

Si la série se concentre sur le vaisseau, elle en dévoile au sein de la première saison progressivement un peu plus sur les forces en présence : l’Autorité Galactique, des rebelles terroristes, les corporations, leurs exactions et les rivalités entre elles, mais aussi des empires comme celui des Ishida, peuple d’origine asiatique ayant gardé des traditions de combat à l’épée au milieu de technologies avancées. Un univers qui semblait assez prometteur, mais que les saisons suivantes n’ont malheureusement pas vraiment contribué à étoffer d’avantage.

Le budget paraît assez limité, et si se concentrer sur le vaisseau a l’avantage de réduire les coûts et de les concentrer sur les décors extérieurs, comme les stations spatiales, il n’y a guère de quoi être impressionné. Les planètes ne paraissent pas bien exotiques, et l’aspect carton-pâte du vaisseau se devine. Mais le budget d’une série, nouvelle qui plus est, n’est pas celui d’un film, et il serait sans doute déraisonnable d’en demander d’avantage. Et ce n’est pas grand chose, mais des tableaux de paysages extraterrestres dans les salles constituent des petits détails sympathiques.

Est-ce ce classicisme ou ce potentiel non totalement exploité qui n’auront pas permis de fidéliser le nombre de spectateurs escomptés ? Toujours est-il que SyFy a décidé d’annuler la série au terme de 3 saisons, la laissant terminer sur le genre de fin à suspens typiquement frustrant des séries inachevées. Si la chaîne spécialisée dans la science-fiction semble avoir décidé de renouer avec le genre du space opera dont elle s’était débarrassée, elle n’est en tout cas pas prête de se débarrasser de son habitude d’annuler ses productions prématurément…

Bande-annonce : Dark Matter

Fiche technique : Dark Matter

Création : Joseph Mallozzi, Paul Mullie
Production : Joseph Mallozzi, Paul Mullie, Jay Firestone, Vanessa Piazza
Acteurs principaux : Marc Bendavid (1, Jace Corso) ; Melissa O’Neil (2, Portia Lin) ; Anthony Lemke (3, Marcus Boone) ; Alex Mallari Jr (4, Ryo Ishida) ; Jodelle Ferland (5, Emily Kolburn) ; Roger Cross (6, Griffin Jones) ; Zoie Palmer (l’androïde)
Musique : Benjamin Pinkerton
Genre : Science-fiction
Chaîne d’origine : Space, Syfy
Nombre de saisons : 3
Épisodes : 39 épisodes de 43 minutes
Diffusion : 2015 – en production

Pays d’origine : Canada

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A propos de l'auteur

William
Rédacteur CineSeriesMag

Je suis capable de regarder le dernier blockbuster en date rempli d’explosions comme un film indépendant peu connu au rythme lent et contemplatif. Je ne place pas de barrière qualificatif pour ma part, un blockbuster intelligent a autant de mérite qu’un film d’auteur esthétique pour moi. Après tout la mission du cinéma n’est-elle pas aussi de vendre du rêve et d’émerveiller, comme de faire réfléchir ? Ce qui me donne un petit côté bon public, ce que j’assume, car ça ne m’empêche pas de posséder un esprit d’analyse, et de repérer les défauts des œuvres même si je les apprécie. Passionné de science-fiction et de fantastique, je préfère ce qui permet de s’évader et d’agir sur notre imagination. En vrai je regarde d’avantage de séries, format encore parfois considéré comme inférieur, mais qui permet une capacité d’évolution des personnages et de développement d’univers bien supérieur à ce que le cinéma peut offrir.

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