Frapuccino : la web-série la plus frappée du web, ou presque
3.0Note Finale

Frapuccino: un premier projet ambitieux pour de l’indépendant, surfant entre deux genres, à volonté cinématographique et faisant de l’œil au théâtre.. Mais l’ensemble tient-il la route?

Frapuccino est une web-série française (cocorico!) créée par le collectif Attention Fragile, un collectif artistique produisant diverses pièces de théâtre, courts-métrages et bien-sûr ladite web-série. Cette série se compose uniquement à ce jour d’une saison 1 composée de 12 épisodes, d’à peu près 7 minutes chacun, pour un total de la durée d’un long métrage moyen. A noter qu’il s’agit là d’un projet de longue haleine, puisque le tournage des premiers épisodes a commencé en 2012 (les premières lignes du projet remontent même à 2009), pour se finir en novembre 2016 avec la sortie de l’épisode 12 de la saison 1 sur leur chaîne YouTube.

Le pitch. Cyril, un jeune homme inamical qui ressent le besoin de frapper une personne régulièrement à 8h, 12h et 20h pour son « hygiène personnelle », se voit devoir travailler avec Paolo, italien stéréotypé qui adore les femmes (qui ne lui rendent pas vraiment), pour le compte d’un énigmatique patron. Leur mission est de livrer une malle dont on ignore le contenu, de Paris à Fleury. En chemin ils feront la rencontre d’Amélie, jeune femme typée bourgeoise ayant les mêmes pulsions violentes que Cyril, qui la prendra donc sous son aile pour l’aider à se contrôler. Cette petite troupe s’engage alors dans un roadtrip en Twingo (cocorico?) à destination de Fleury, mais ils se rendront vite compte que deux obscurs personnages ayant « des têtes d’assassins », Job et Rodriguez, leur filent le train.

Au départ un peu sceptique quant à cette série, je dois admettre que j’ai été surpris par le professionnalisme du projet. Moi qui m’attendais à une web-série modeste et tout ce qu’il y a d’amateur, force est d’admettre que l’ensemble se tient plus ou moins. Le scénario est particulièrement bien écrit avec des dialogues qui fonctionnent, celui-ci étant bien mis en valeur par le montage, simple mais efficace. L’acting est au premier abord assez inégal, mais s’améliore au fur et à mesure des épisodes jusqu’à s’égaliser plus ou moins. On notera l’apparition d’une tête connue dans l’épisode 7, Jean-François Gallotte, jouant le rôle du prêtre, et étant connu pour ses rôles (généralement en tant que second-couteau) dans diverses comédies françaises. Le gros plus de cette web-série est la volonté tangible et affirmée de son approche cinématographique. Ceci se ressentant dès le survol de ses épisodes, dont les titres rappellent certains films de genre, tel que « Le dernier bar avant la fin d’un monde » pour l’épisode 8, faisant directement référence au Dernier pub avant la fin du monde (2013) d’Edgar Wright. Mais cette approche se retrouve aussi au sein même de l’intrigue, définitivement influencée par des réalisateurs tel que Quentin Tarantino (plus particulièrement dans les derniers épisodes) ou encore Michel Audiard. On notera aussi des références plus subtiles dans les décors, notamment la texture caractéristique de la moquette de l’hôtel Overlook apparaissant sur la paroi de l’ascenseur (quelle coïncidence) d’un hôtel dans l’épisode 10, qui a su faire battre mon petit cœur d’amoureux de l’épouvante et d’admirateur de Stanley Kubrick (c’est moche de me prendre par les sentiments). On sent également un vrai effort de photographie: à ce niveau, il n’y a pas à hésiter, la qualité est au rendez-vous, et est notablement supérieure aux autres séries de même niveau (surtout pour un premier projet). Certains cadres m’ont d’ailleurs étonnement rappelé le genre de plans que l’on peut trouver dans la filmographie de Gaspar Noé. Malheureusement, cette qualité ne se retrouve pas tout au long de la série, et se verra souvent entrecoupée de plans beaucoup plus simplistes, comme les plans à l’intérieur de la Twingo par exemple (ceux-ci peuvent cependant s’excuser par le manque de place disponible..).

L’un des points négatifs de la série est avant tout le format. En effet, une adaptation en long-métrage aurait beaucoup plus rendu honneur au scénario, et l’on déplore ainsi une coupure souvent trop brute des épisodes. Or, Frapuccino était à l’origine prévu comme un long-métrage, nous a confié Mathilde Bourbin, scénariste et interprète d’Amélie. L’équipe ayant au final dû se rabattre sur ce format, plus accessible et jugé moins risqué pour ce premier projet, dommage… Le second point négatif notable est le manque de budget, ou en tout cas, le faible budget, qui se ressent assez fortement lorsque l’action s’accélère, principalement dans les choix des effets spéciaux ou dans les décors. Et pour cause, le budget total de la série s’élève à 15 000€, dont, fait notable, 4 000€ proviennent d’une campagne de crowdfunding. Or, ce budget relativement faible a poussé l’équipe à revoir à la baisse certaines des dépenses, ou jusqu’à devoir abandonner certaines décisions, ce qui donne à certaines scènes un côté assez cheap, qui ne choquera pas outre mesure les amateurs de série B. N’oublions pas enfin de parler de l’humour, puisque comme le pitch le laisse supposer, Frapuccino est avant tout une web-série humoristique. Il s’agit ici  principalement de comique de situation, bien que le comique de caractère soit aussi présent au travers de la personnalité des divers personnages. On notera d’ailleurs dans certaines scènes, un certain attachement au théâtre, ce qui, couplé avec la dimension cinématographique de la réalisation, n’est pas sans rappeler la série Kaamelott. Si l’humour se fait parfois trop lourd et insistant, certaines situations fonctionnent assez bien, et ce sont dans ces moments, que l’influence d’Audiard se fait le plus ressentir.

Le résultat de la saison 1 est plutôt prometteur. Malgré le nombre de vues diminuant d’épisode en épisode sur leur chaîne YouTube (tendant à prouver que la série peine à maintenir l’intérêt de ses spectateurs), il est certain qu’il existe un public pour ce type d’œuvre. En ce sens, les retours du public sont extrêmement positifs ; et nous ne saurions trop vous conseiller de vous y intéresser à votre tour. Si d’aventure Frapuccino vous plait, sachez qu’une saison 2 plus noire et axée sur une guerre de gangs est déjà prévue, et est actuellement au stade d’écriture et de levée de fonds. Il vous est d’ailleurs possible de soutenir ce projet via leur page Tipeee, dont le lien se trouve à la fin de cet article. Frapuccino est, dans son ensemble, une web-série très « fraîche » qui se laisse regarder avec beaucoup de facilité, sans laisser toutefois un impact véritablement fort chez le spectateur. Les cinéphiles y retrouveront des références et une approche artistique familière, tandis que les plus novices y trouveront une expérience sympathique, dont le format court a au moins le mérite de faciliter sa découverte par les citadins un peu trop débordés par le train-train du quotidien et ne rêvant que de partir sur les routes de France en Twingo. L’ensemble est toutefois imparfait, et avec un peu de chance (et d’argent), nous espérons une meilleure qualité pour la saison 2, et souhaitons une fructueuse quête de fonds à Attention Fragile !


Le lien Tipeee pour soutenir le projet d’une saison 2: https://www.tipeee.com/frapuccinowebserie

 

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