Éclectique mais non exhaustif, ce top 50 des meilleurs films du début de ce 21ème siècle (2000-2016) regorge de pluralité et de diversité: allant du blockbuster à la Mad Max Fury Road jusqu’au long métrage expérimental que seul Philippe Grandrieux peut nous offrir.

Le cinéma est une histoire de goût. Une sensibilité qui se trouve, une émotion qui se déchaîne. Exercice ô combien difficile et aléatoire dans son jugement tant les films sont nombreux, le classement de films est une affaire de personnalité. C’est alors, qu’avec sa passion, votre rédacteur ici présent s’est amusé à faire un petit bilan des œuvres marquantes de ce début du siècle dévoilant  un panel de films aussi variés qu’intimes. La plupart des films qui seront mentionnés dans cette liste ont marqué ce début de siècle par leur richesse tant visuelle que narrative. Fouiller, analyser est un plaisir pour chaque cinéphile; et ce début de siècle aura vu entre autre l’apparition de futurs grands noms tels que Jeff Nichols ou Steve McQueen, ou l’anoblissement critique et public de visionnaires comme en témoignent David Fincher ou Paul Thomas Anderson. Bonne lecture à vous.

50. Enter the Void de Gaspar Noé (2010) avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy, Emily Alyn Lind, Jessa Huhn…

Œuvre aussi mentale qu’organique, Enter The Void accentue la volonté permanente de son auteur à dépasser ses limites. C’est alors que l’œuvre construit sa structure narrative sur la réincarnation, la vie, la mort, et la prise de drogue. Les couleurs criardes de Tokyo scintillent, l’image granuleuse agence la monstruosité opaque et claustrophobe de cet antre maléfique. Visuellement, le long métrage est une épreuve de force passionnante dévoilant le talent de Gaspar Noé, tant la fluidité en impose : montage syncopé frénétique, travellings aériens, caméra tournoyant dans les nuits torrides nippones, vision subjective crépusculaire. Parfois puéril ou enfantin dans la réappropriation de certaines de ses thématiques, Enter The Void vacille mais ne tombe jamais. Derrière ce marasme filmique suffocant, une actrice irradie l’écran de toute sa volupté : Paz de la Huerta. Hypnotique, sexualisée jusqu’au bout des ongles, et dont les cambrures métamorphosent le film de toute sa visée érotique.

49. It Follows de David Robert Mitchell (2015) avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary, Olivia Luccardi, Daniel Zovatto…

Le sexe comme vecteur de mélancolie devient un geste mortifère chez des adolescents perdant leur propre innocence dans un univers où les adultes sont absents. It Follows est une course poursuite horrifique entre un fantôme et sa victime qui est la seule à le voir. Malgré un climax qui n’est pas aussi glaçant que le reste du métrage, It Follows se réapproprie les genres du slasher et du teenage movie avec fougue et envie de rendre hommage à tout un pan du cinéma d’horreur.  Derrière sa folie névrotique : It Follows détient une cinématographie qui fait de lui une œuvre marquante comme si la raideur visuelle de Nicolas Winding Refn s’aventurait dans le milieu de la middle class américaine de Sofia Coppola tout en se réappropriant les codes de l’épouvante des années 80

48. Holy Motors de Leos Carax (2012) avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes…

Film à sketches schizophrénique, où un homme change de costume comme de vie, Holy Motors cache de nombreux secrets. Dans sa logorrhée lugubre qui est une diatribe pour son amour et sa haine du cinéma, Leos Carax s’épuise à déclencher la surprise par le prisme de cette farandole de spectres tout aussi différents les uns que les autres. On passe de personnages en personnages, d’un genre filmique à un autre, du réel au surréalisme. On y voit deux inconnus qui font semblant de copuler, un être primitif bandant devant Eva Mendes, un homme tuant son double, des limousines qui communiquent. Holy Motors est un film qui parait évanescent, semblant ne pas exister, remettant en cause la véracité des conséquences de nos propres agissements, faisant de l’être humain un pantin dont l’identité s’efface dans le creux de ses mains. L’homme joue un rôle ou le cinéma se cherche un visage. Le cinéma c’est la vie, la vie est le cinéma. Un peu à l’image de l’humain, Holy Motors est à la fois beau et laid, sublime et ridicule, autocentré et généreux, doux et ténébreux, sombre et drôle, imparfait et génial à la fois. Et tout cela n’est qu’un rôle…

47. Miami Vice de Mickael Mann (2006) avec Jamie Foxx, Gong Li, Colin Farrell…

Avec Miami Vice, Michael Mann ne révolutionne pas son cinéma, fait d’action et de lyrisme comme pouvait le faire un John Woo mais arrive à créer un polar enivrant, dont la classe esthétique fascine du début à la fin. A partir d’une intrigue maîtrisée et sans écueil sur les cartels de drogue, le réalisateur américain immerge son long métrage dans son propre univers pour magnifier le décorum contemporain qui entoure ses protagonistes. La caméra HD fait encore des merveilles, que cela soit durant ses sorties nocturnes romantiques ou ses entrées diurnes anxiogènes. Miami Vice est un film d’esthète, dont l’architecture présente très peu de scènes d’actions, préférant alors s’immiscer dans le flux sanguin de son intrigue amoureuse.

46. Speed Racer de Lana et Lilly Wachowski (2008) avec Emile Hirsch, Susan Sarandon, Nicolas Helia et John Goodman…

Speed racer est un geste artistique ludique dont la créativité se réinvente à chaque instant et détenant cette dichotomie qui lui est intelligible :  d’un côté l’évocation d’une imagerie enfantine, façonnée par ses couleurs criardes et ses courses de voitures qu’on croirait sorties d’un jeu vidéo ou d’un film d’animation qui se confrontent au travail d’orfèvre, d’une grande maîtrise de la part de deux réalisatrices nous arborant un spectacle hallucinogène . Speed Racer est un bijou de d’aventure épique. Les thématiques habituelles comme le libre arbitre ou la pénitence des opprimés sont présentes chez les Wachowski, et font de Speed racer, un Ovni cinématographique pétaradant.

45. Trouble Every Day de Claire Denis (2002) avec  Béatrice Dalle, Vincent Gallo, Tricia Vessey…

Timide, cherchant constamment à comprendre l’intime, Trouble Every Day vole de ses propres ailes, à l’image de ce simple foulard virevoltant dans l’air de Paris. Face à nous, une œuvre immergée alors dans une frustration latente voyant deux « vampires » malades qui essayent tant bien que mal de canaliser un démon carnivore qui grandit en eux. Directement, par sa construction fantomatique, Claire Denis quadrille un cadenas dans les tentations pulsionnelles, un mal corporel qui empêche de faire ressortir le monstre qu’est l’humain, le calme avant la tempête. Claire Denis filme donc deux histoires distinctes, deux âmes en peine enchaînées malgré elles, pour ne pas qu’elles dévoilent leur véritable visage sanglant à leurs propres congénères. Machinalement, derrière son aspect dérangeant et glauque, le long métrage est souvent muet, et Claire Denis y laisse divaguer sa caméra, sa photographie haletante sur les regards, sur les corps tels des proies notamment lorsqu’elle filme des scènes d’intimité où se mélangent passion sexuelle et peur de perdre le contrôle face à cette bestialité sanguinaire.

44. Inherent Vice de Paul Thomas Anderson (2015) avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin…

Comme lors de l’adaptation de Cosmopolis par David Cronenberg, où l’homme et son univers se chevauchent, Inherent Vice s’inscrit dans une époque, allant d’agents du FBI corrompus à de mafieux nazis, celle qui semble alimentée par le mouvement hippie, mais qui malheureusement se morfond dans une sorte de drôlerie burlesque, où le psychédélisme des soirées, le flashy des chemises à fleurs s’estompe au profit de l’obscurité d’une société sectaire et de l’ésotérisme de mouvances destructrices. Sur ce coup, Paul Thomas Anderson est génial de simplicité dans son rapport entre le fond et la forme, hermétique sans être froid, pour faire naître des bribes de fulgurances inoubliables dans cette enquête policière qui n’en est pas une. Inherent Vice est fulgurant, se montrant captivant dans  la description d’une époque déchue faisant alors ressentir les derniers souffles de son érotisme.

43. Three Times de Hou Hsiao Hsien (2005) avec Shu Qi, Chang Chen…

L’amour. Son irrévérence, son impétuosité, sa fragilité. C’est une notion vague et solide à la fois, qui transperce les strates temporelles pour mieux codifier les contours d’une époque. L’amour dit tout sur ce que nous sommes et ce qui nous entoure. C’est un acte libérateur, émotionnel mais aux allures presque politiques. Hou Hsiao Hsien l’a parfaitement compris et à travers le parcours de trois couples durant trois époques différentes (1966, 1911, 2005), le cinéaste étudie son environnement, observe avec nostalgie et mélancolie la mutation d’un pays dans ses symptômes politiques et sociaux, et scrute le moindre détail d’un univers qui mue et occasionne une variation dans sa retranscription. Dès le début, Hou Hsiao Hsien joue avec les contrastes et magnifie sa vision du monde par la méticulosité de son cadre, son adoration pour l’ordinaire et le quotidien, la luminosité de son décor (lumière naturelle ou néon incandescent), la phosphorescence des corps et surtout par sa bande son où chaque époque, chaque souvenir est rattaché à une chanson particulière. Et oui, Three Times est un petit miracle de cinéma.

42. Cosmopolis de David Cronenberg (2012) avec Robert Pattinson, Mathieu Amalric, Juliette Binoche…

Cosmopolis est un film d’une maîtrise visuelle hypnotique et Cronenberg en fait une œuvre presque claustrophobe, étouffée par l’étendue  infinie de ses dialogues au symbolisme surréaliste engagés dans des situations à l’absurdité burlesque. Que font les limousines la nuit nous demandera Eric Packer. Cosmopolis est un film sur l’immensité, avec un jeu de miroir fascinant où le réalisateur met sa mise en scène au diapason de toute cette excentricité verbeuse, confronte son audace esthétique au jusqu’au-boutisme littéraire de Don DeLillo, et porte la lumière sur un acteur, Robert Pattison. Derrière ses réflexions philosophiques, Cosmopolis dissimule une ironie, une drôlerie burlesque. A l’image de cette longue confrontation finale, la manipulation des mots fait fureur, la déshumanisation est la plus totale, et la mort ne tient qu’à un fil. Sous ses airs abrupts et presque impénétrables, Cosmopolis se dévoile petit à petit pour laisser apparaître un grand film.

41. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (2016) avec Elle Fanning, Karl Glusman, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee…

Ce qui marque quand on regarde le film, comme avec Only God Forgives, c’est cette concomitance dans l’identification : Elle Fanning est NWR et NWR est l’actrice : une âme qui se remplit d’égo et qui court à sa perte. Le geste radical en est presque schizophrénique. Touchant même. Sa dichotomie est son carburant, la source de sa beauté. La symétrie du cinéma de Refn avec son sujet est cinglante de vérité : cette quête de la  perfection qui se désintègre de l’intérieur pour faire naître un mal incarné. Inconsciemment, le réalisateur hérisse une mise en abîme de sa propre mise en scène. Proche du film de genre voire de la Série B, du jeu de massacre, du fantasme où l’influence de Gaspar Noé prévaudra par l’utilisation d’une imagerie de la primitivité des sentiments et de l’iconographie viscérale des liens humains, The Neon Demon garde néanmoins sa propre atmosphère fétichiste et se contrefout totalement du cahier des charges du film d’exploitation. Et c’est avec un certain ricanement que The Neon Demon devient l’inverse de l’attente suscitée : un film de mode « horrifique » et non un film d’horreur qui s’approprie du monde de la mode. Un film malade vertigineux.

40. Django Unchained de Quentin Tarantino (2013) avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Samuel L. Jackson, Kerry Washington…

Dans ce Django Unchained souffle un vent de liberté, un amusement presque primaire et décontracté qui inonde l’esprit du spectateur à voir ses combats verbaux transgressifs, à écarquiller les yeux devant ses gun fights trashs compulsifs mais jouissifs, à jouer avec l’anachronisme pop musical où Tarantino s’amuse avec ses joutes verbales qui mettent ses acteurs, plus charismatiques les uns que les autres, sous les feux de la rampe. Tout cela est parfait, on sent une réelle richesse dans cet univers composite entre fiction et réalité historique, la fiction permettant à Tarantino d’incarner les silhouettes d’autrefois par de vrais personnages de bandes dessinées, avec toute l’excitation que cela fait monter chez le spectateur. Qui dit Tarantino dit enchaînement de scènes cultes aux dialogues écrits à la virgule près (l’humiliation de KKK), punchlines incisives, violence graphique à la fois drôlatique et frénétiquesay goodbye to Miss Laura »). Django Unchained est un moment de bravoure au rythme implacable (excepté à Candyland), qui allie travail d’orfèvre et efficacité jamais égalée.

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