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Les Aventuriers de l'Arche Perdue de Steven Spielberg : l'aventure a désormais un nom!
4.5Note Finale

A travers la résurrection d’un genre qu’on croyait disparu depuis les années 1940, Spielberg et son comparse Lucas signent avec Les Aventuriers de l’Arche Perdue bien plus qu’un simple film d’aventure : un mythe traversant les âges, et l’iconisation d’un véritable héros de cinéma.

Synopsis : 1936. Parti à la recherche d’une idole sacrée en pleine jungle péruvienne, l’aventurier Indiana Jones échappe de justesse à une embuscade tendue par son plus coriace adversaire : le Français René Belloq.
Revenu à la vie civile à son poste de professeur universitaire d’archéologie, il est mandaté par les services secrets et par son ami Marcus Brody, conservateur du National Museum de Washington, pour mettre la main sur le Médaillon de Râ, en possession de son ancienne amante Marion Ravenwood, désormais tenancière d’un bar au Tibet.
Cet artefact égyptien serait en effet un premier pas sur le chemin de l’Arche d’Alliance, celle-là même où Moïse conserva les Dix Commandements. Une pièce historique aux pouvoirs inimaginables dont Hitler cherche à s’emparer…

Un plan d’ouverture sur une montagne au loin, se mouvant dans les formes du logo de la Paramount. Une silhouette vue de dos, affublée d’un chapeau, d’un révolver et d’un fouet. Un groupe d’hommes errant dans une forêt sombre, hostile, aux bruits inquiétants. En quelques plans judicieusement choisi, le mystère est lancé, le visage de notre héros sort de l’ombre : Indiana Jones ! Et il ne faudra que 10 minutes de plus en sa compagnie, rythmés par une chasse à la relique alternant pièges, un rocher qui écrase tout sur son passage, trahisons et fuite face aux indigènes, soulignés par la bande entraînante de John Williams et la somptueuse photographie de Douglas Slocombe, pour se rendre compte que l’on est face à un grand film. Et pas n’importe lequel : un grand film d’aventure ! Une pépite, un pur joyau cinématographie qui a profondément su redéfinir le genre. Ce qui peut sembler étrange vu la décrépitude de ce dernier au fil des ans, et surtout à l’époque des seventies – début eighties, où l’heure était plutôt aux polars,  aux films d’action et à la consécration de la science-fiction.

La passion au service de l’Histoire

A l’origine du projet se manifeste avant tout la passion et la volonté sans faille de deux hommes : Georges Lucas d’abord, grand nostalgique des serials de son enfance, ayant envie de faire revivre ce genre d’aventures sur grand écran (entreprise déjà commencée avec son premier volet de ce qui allait devenir la saga Star Wars). Steven Spielberg ensuite, conteur parfois au ton grave mais ayant gardé une part de rêve et d’enfance. C’est ensemble et main dans la main qu’ils vont retranscrire leur rêve sur pellicule, sur la base d’un script de Lawrence Kasdan et Phillip Kaufmann. Ce scénario sera pour ainsi dire la clé de voûte du film, car de cette intrigue vont découler bon nombre d’éléments propres au genre du film d’aventure qui seront maintes fois repris et imités, mais jamais égalés.

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L’un d’entre eux sera bien évidemment la quête du McGuffin. Terme d’abord instauré par Hitchock, il prendra bientôt la forme d’un objet rare et précieux, prétexte au bon déroulement de l’histoire puisque au centre de la quête de nos héros. Car ces derniers parcourent parfois une bonne partie du globe afin de le dénicher, d’où un  exotisme prononcé et propre au genre, dont se réclamera bien évidemment Les Aventuriers de l’Arche Perdue, avec une quête transportant le spectateur du Pérou au Népal en passant par l’Egypte. Ici, il ne s’agira ni plus ni moins de l’Arche d’Alliance, le coffret biblique qui aurait transporté les Tables de la Loi par Moïse, les 10 Commandements. Et plutôt que d’en faire une quête superficielle aux enjeux amoindris (richesse et gloire personnelle, don à un musée…), Spielberg et Lucas décident de la réadapter dans un contexte bien déterminé : celle de l’avant-guerre en 1936, lors des prémices de l’avènement des nazis. Particularité scénaristique ne se justifiant que trop bien, puisque qu’il était bien ancré qu’Hitler était fasciné par les sciences occultes et les arts mystiques. Bien plus que la diversité des paysages et des décors, c’est par ce scénario que le film trouve sa richesse, symptomatique d’ailleurs d’une envie de Spielberg d’évoquer la Seconde Guerre mondiale. Même si la trame semble assez convenue et classique aujourd’hui, elle a été l’initiatrice de beaucoup de suiveurs, misant également sur ce cocktail exotisme/aventure, des plus réussies (La Momie de 1999, les deux Benjamin Gates…) aux plus ridicules (Alan Quatermain et la Cité de l’Or Perdu, Sahara…).

Harrison Ford ou la nouvelle incarnation du Héros

Cette incursion de la réalité dans le caractère purement fictionnel de la quête participe aussi à la caractérisation des méchants. Outre Wolf Kahler en général du IIIe Reich, c’est surtout Ronald Lacey qui marque la rétine. Homme de main du Führer, sa physionomie, son sourire sadique, ses lunettes derrière ses yeux menaçants, son accent à couper au couteau, et son costume noir surmonté d’un chapeau, font de ce personnage l’archétype du serviteur du diable, le parfait représentant de l’armée du mal. Mais il ne constituera pas l’antagoniste principal du long métrage. Ce dernier prendra les traits de René Belloq, archéologue français motivé par sa seule recherche de gloire et de célébrité. Ce personnage n’a cependant pas la même aura menaçante que ses confrères, l’interprétation tout en douceur orientée « force tranquille » de Paul Freeman y étant surement pour quelque chose. Il y apparaît même plutôt énervant par son opportunisme et sa chance, et ce, bien que ses envies primaires et son inexpérience le conduiront à sa perte. A ce titre justement, il constitue donc plutôt la parfaite antithèse de notre héros.

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Et quel héros ! Si on ne le présente plus aujourd’hui, c’est que le personnage d’Indiana Jones a tout simplement marqué les esprits dès sa première apparition au cinéma. Se définissant d’abord comme un professeur et un académicien avant d’être un archéologue et un aventurier, le personnage du professeur Jones s’éloigne bien des standards de l’époque. Il n’est pas l’archétype du good guy infaillible, tirant d’abord et réfléchissant après, sous une montagne de muscles ou un physique d’athlète. Il n’hésite pas à prendre des coups, à accumuler les échecs et à faire preuve d’un humour léger et pince sans rire sans que la situation ne l’exige forcément. Et pour donner corps à ce personnage, il fallait bien la décontraction et la nonchalance d’Harrison Ford, qui, un peu à la manière d’un Han Solo, bouscule la conceptualisation de ce qui se faisait en matière de héros dans les années 80. Un exemple parmi tant d’autres : la manière dont il tue un assaillant faisant une démonstration de sabre des plus chorégraphiées. Son impassibilité, causée d’ailleurs par une turista générale survenue pendant le tournage, a participé à l’humour et au rendu culte de la scène !

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Un personnage haut en couleurs se devait de l’accompagner afin de lui tenir tête en tant que comparse ! Interprétée par Karen Allen, Marion sera la meilleure des Indiana Girl de la saga. Garçon manqué maniant aussi bien le couteau que l’ingurgitation d’alcool fort, elle ne sera pas seulement le faire valoir d’Indiana Jones, mais bien un personnage féminin fort au caractère bien trempé. Ce qui là encore à l’époque n’était pas une évidence sur les pellicules.

Une équipe artistique au sommet de sa forme

Et en termes d’innovations, il faudrait bien plus qu’une critique pour énoncer et décrire les nombreuses scènes cultes parsemant Les Aventuriers de l’Arche Perdue, où chaque plan et prise de vue semble avoir été millimétré, médité, réfléchi. Toute la partie au Caire lors de la découverte du tombeau où se trouve l’Arche d’Alliance, bien qu’accusant un ralentissement du rythme, en témoigne : la découverte de l’emplacement exact grâce au rayon du soleil, les ouvriers travaillant sous un soleil couchant, la descente dans le tombeau encerclé par des centaines de serpents …  Mais c’est surtout la séquence finale qui marquera les mémoires : l’ouverture de l’arche et le déchainement infernal qui s’ensuit. Véritable malstrom visuel et sonore qui a très bien réussi l’épreuve du temps, renforcé par des effets de maquillages du plus bel acabit (jamais on n’aura trouvé de « face melting » plus convaincant, même dans le cinéma d’horreur), la scène démontre tout le savoir-faire de son réalisateur coordonnée avec celle de son équipe artistique. Les morceaux de bravoure ne sont d’ailleurs pas en berne. Outre la séquence d’ouverture, les combats et courses poursuites s’enchaînent à vitesse V. Que ce soit une fusillade dans un bar népalais, une course poursuite avec des paniers en osier sur les marchés du Caire, un duel entre les hélices d’un avion, ou la prise d’un camion transportant l’Arche, la mise en scène est d’une précision et sans conteste d’une technicité avant-gardiste. On vous l’a dit : souvent imité, jamais égalé !

C’est par tous ces éléments que Les Aventuriers de l’Arche Perdue a pu faire renaître le genre : considéré à ce jour comme un des meilleurs blockbusters de tous les temps, il consolide un scénario bien écrit, une mise en scène novatrice, une équipe artistique mobilisée, et la passion de ses pères fondateurs, Georges Lucas et Steven Spielberg. Grâce à eux, une nouvelle icône est née, tant et si bien qu’un thème musical signé John Williams lui sera propre. En 1981, l’aventure a désormais un nom : Indiana Jones !

Les Aventuriers de l’Arche Perdue : Bande Annonce

Les Aventuriers de l’Arche Perdue : Fiche technique

Titre original : Raiders of the Lost Ark
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Lawrence Kasdan, Philip Kaufman et George Lucas
Interprétation : Harrison Ford (Indiana Jones), Karen Allen (Marion Ravenwood), Paul Freeman (René Belloq), Denholm Elliott (Marcus Brody), Ronald Lacey (Toht), John Rhys-Davis (Sallah), Alfred Molina (Sapito), Anthony Higgins (Gobler)…
Photographie : Douglas Slocombe
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Direction artistique : Leslie Diley
Production : Franck Marshall, Howard G. Kazanjian, George Lucas, Robert Watts
Studios de production : LucasFilms Ltd., Paramount Pictures
Genre : Aventure
Durée : 115 minutes
Date de sortie : 16 septembre 1981

États-Unis – 1981

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