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Femme Fatale de Brian De Palma : la french touch
3.5Note Finale

Après la déconvenue résultant du four de Mission to Mars, Brian De Palma décide de quitter le système hollywoodien. Le cinéaste américain s’installe alors en France et se lance dans la production de Femme Fatale. Loin d’être un immanquable de sa filmographie, Femme Fatale déballe avec un excès de générosité tout ce qui fait la patte De Palma dans un paysage qui n’y est pas vraiment habitué.

femme-fatale-brian-de-palma-rebecca-romijn-rie-rasmussenAllongée sur le lit de sa chambre d’hôtel, la belle Laura Ash regarde Assurance sur la Mort, un classique du film noir signé Billy Wilder. Un choix qui n’est pas anodin, car l’œuvre de Brian de Palma et celle de Wilder partagent beaucoup d’éléments en commun. Avec ce nouveau film, De Palma se lance dans l’univers du film noir en exploitant l’une de ses figures  les plus emblématiques avec l’inspecteur en imper, la femme fatale. À la manière de Barbara Stanwyck se jouant de Fred McMurray, Rebecca Romijn va user de ses charmes pour duper les hommes. Toute cette manipulation commence à partir d’un braquage de haut-vol ayant lieu en plein pendant le festival de Cannes. Laura, Blacktie et Racine ont pour but de mettre la main sur une monture de diamants valant 10 millions de dollars portée par un top model. Cette séquence d’introduction restera comme l’un des plus grands moments de bravoure de la filmographie de Brian De Palma. Aidé d’un réarrangement du Bolero de Ravel par le compositeur Ryuichi Sakamoto, il va mettre en scène un véritable ballet virtuose d’une vingtaine de minutes d’une tension folle. Dès cette première séquence, le jeu de dupes est lancé et Laura abandonne ses deux compères et se tire avec le pactole. À Paris, la jeune femme tombe alors par chance sur les parents d’une femme lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Le thème du double cher à De Palma intervient donc une nouvelle fois, alors que Laura prend l’identité de ce sosie. Le double est ici une échappatoire, permettant au personnage de Laura d’entamer une nouvelle vie de l’autre côté de l’Atlantique.

Les péripéties reprennent 7 ans après, alors que Black Tie sort de prison assoiffé de vengeance et que Laura sous l’identité de Lily retourne sur Paris en temps qu’épouse de l’ambassadeur américain. Entre alors en jeu, Nicolas Bardo, un paparazzi chargé de prendre en photo cette mystérieuse femme. Comme d’habitude avec Brian De Palma, toute la suite va être un exercice de manipulation, mais là où l’outrance fonctionnait avant comme un moteur de la métaphore avec l’artifice du cinéma, elle semble avec Femme Fatale repousser toutes les limites. En effet, pour apprécier pleinement le film français de De Palma, il faut admettre que le film réponde à des lois d’ordre cosmique. Sans évidemment révéler les 25 dernières minutes complètement désarçonnantes, Femme Fatale semble fonctionner à la manière d’un cadavre exquis, une espèce d’exercice surréaliste où les coïncidences toutes plus grosses les unes que les autres alimentent un scénario rocambolesque. Le charme du film émane d’ailleurs de son côté extravagant. On hallucine devant le mauvais goût de certaines séquences qui prennent une tout autre dimension comme cette séquence où Lily rencontre Bardo avec un Banderas qui cabotine comme jamais en tapant dans le cliché de l’homosexuel, ou cette fameuse scène de lapdance sur du Saez (oui oui, il y a bien du Saez dans un film de De Palma) dans un bar miteux qui semble tout droit sorti d’Irréversible. Le clou du spectacle restant l’orchestration de ce ralenti final repoussant toutes les limites du rationnel.

Bien que l’aspect grandiloquent de Femme Fatale lui confère une certaine aura, elle peut également jouer en sa défaveur. Si la mise en scène aérienne de De Palma arrive encore facilement à laisser bouche bée le spectateur par son ingéniosité, l’esthétique de Femme Fatale prend quant à elle un certain coup. Pour cette production française, l’américain a débauché le directeur photo attitré de Luc Besson, Thierry Arbogast. Le côté production EuropaCorp (accentué encore par la présence d’un acteur de Taxi au casting dans un rôle assez improbable) marque clairement l’esthétique assez pauvre du film. C’est un véritable paradoxe car cet aspect téléfilm français se conjugue avec un sens de la gestion du cadre et  de l’espace absolument insolent. Plongée extrême, split-screen, plan-séquence, tous les effets appréciés par De Palma sont encore présents. La production française aurait pu s’accompagner de son lot de contraires pour l’américain, mais finalement il n’en est rien. On pourrait même dire que De Palma n’a jamais été aussi libre depuis plusieurs décennies, expérimentant comme bon lui semble, oubliant toutes les conventions jusque dans ce discours irréel délivré par cette fameuse fin montrant que rester en France plutôt que de partir aux Etats-Unis s’avère plutôt profitable (Brian a définitivement une dent contre le système hollywoodien). Une fin plaçant d’ailleurs le film dans le panthéon des œuvres traitant du karma.

femme-fatale-brian-de-palma-antonio-banderas-rebecca-romijnDerrière Femme Fatale se cache également la sublime Rebecca Romijn. Loin d’être le premier personnage féminin important de la filmographie de De Palma, le personnage de Laura se distingue des autres par son côté manipulateur naturel. Cela se manifeste notamment dans son rapport au sexe. Diamétralement opposée aux personnages de Angie Dickinson dans Pulsions ou Lolita Davidovich dans L’Esprit de Caïn qui essayait de s’échapper d’un état d’emprisonnement au travers du sexe, Laura Ash/Lily joue plutôt un rôle de geôlière. L’image de la femme fatale a souvent été assimilée à la veuve noire, une espèce particulièrement mortelle d’araignée. Parallèle des plus approprié lorsque l’on voit comment Laura manipule les personnages masculins comme des proies engluées dans une toile mortelle. Reprenant un schéma récurrent parmi les vilains de l’œuvre de palmienne, Laura Ash tire les ficelles et s’impose comme la seule maître de son destin et de celui de ceux qui croisent sa route. La très rare Rebecca Romijn offre ici une performance peu nuancée tout en donnant de sa personne, à la manière d’Elizabeth Berkley dans le rôle de Nomi Malone dans Showgirls. Elle n’en reste pas moins la chef de file d’un casting masculin plutôt bancal et, à la manière de Laura, les mène  à la baguette.

Femme Fatale n’est définitivement pas une œuvre majeure de Brian De Palma. En reste un film assez jouissif, cultivant une outrance oscillant entre le ridicule et la virtuosité. Le film permet surtout à De Palma de s’affranchir des studios américains et de retrouver une marge de manœuvre qui pourrait sembler parfois trop large.

Femme Fatale – Bande-annonce

Femme Fatale – Fiche Technique

Scénario et réalisation : Brian de Palma
Interprétation : Rebecca Romijn ( Laura Ash/Lily), Antonio Banderas (Nicolas Bardo), Peter Coyote (Bruce Watts), Eriq Ebouaney (BlackTie), Edouard Montoute (Racine)
Photographie : Thierry Arbogast
Musique : Ryuchi Sakamoto
Montage : Bill Pankow
Production : Tarak Ben Ammar et Marina Gefter
Sociétés de production : Quinta Communications et Epsilon Motion Pictures
Date de sortie en France : 30 avril 2002
Genre : thriller
Durée : 110 minutes

France,Suisse – 2002

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