Lazy Compagny: Entretien avec le co-créateur Alexandre Philip

Une série chorale drôle, inventive et référentielle: Inglorious Basterds, Dark Vador, Captain America…

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Rencontre sur Skype avec Alexandre Philip. Créateur, scénariste et interprète du Caporal Niels dans la série Lazy Company, dont la troisième et dernière saison sera diffusée sur OCS à partir du 26 octobre 2015. L’occasion de revenir pendant 40 minutes (et 24 179 mots) sur une aventure de trois ans, pleine d’humour, d’action et de personnages haut en couleurs. Un entretient sans langue de bois. « A d’autres » me direz-vous, « On sait pour qui roulent les sites de cinéma ». Dans cette nouvelle aventure que se lance cinéséries-mag (celle de donner la parole aux créateurs et acteurs) et afin de marquer l’événement d’une pierre blanche, je dirais ceci aux curieux et aux fans : On parle de tout ! Nazisme, Accouchement, bande dessinée… et même un peu de Batman ! On a juste oublié de parler cuisine… ne m’en voulez pas. Bonne lecture et Booya !

Cineseries: Comment vous est venue l’idée de la série avec Samuel Bodin ?

Alexandre Philip: En fait avec Samuel, on se connaît depuis plus de 15 ans, on était au conservatoire de Tours ensemble, en classe d’art dramatique. Dès qu’on s’est rencontré, on a commencé à écrire des trucs, on a créé une compagnie, on a fait des spectacles, des courts métrages etc… Quelques trucs qui ont été primés en festival tout ça… Et puis un jour, on s’est dit qu’on se lancerait bien dans un projet de fiction pour la télé. On était parti dans un premier temps sur un format en 3 minutes (des pilotes que tu peux retrouver sur le DVD de la saison 1). On s’est dit « Qu’est-ce qu’on fait ? », on a pris une caméra, on est allé se foutre dans les bois, on a réfléchi, on a fait comme tout le monde en se disant « Tient je ferais bien un film de guerre ! ». Et on s’est rendu compte très vite que quand tu mets quelqu’un en costume et que tu le mets dans un décor naturel qui fonctionne, avec des espaces bien larges…si le décor fonctionne bien et que le costume fonctionne bien, ton costume devient ton décor. Tu mets deux mecs en costumes dans un bois, si ton plan est beau et que tu crois à ta situation, le costume des mecs fait que ça te fout en 45.
Partant de là on a commencé à écrire nos trucs et puis voilà…après, faire une série sur la seconde guerre mondiale on n’est pas les premiers à avoir eu l’idée et on ne sera sûrement pas les derniers. L’intérêt était surtout de voir comment nous, on pouvait raconter nos histoires… A partir du moment où OCS nous a demandé de développer la série dans un format 26 minutes, on a décidé de partir sur quelque chose de franchement feuilletonnant, pas juste des sketchs en format 3 minutes très Kaamelott. A partir du moment où l’on nous donne l’occasion de raconter des histoires, on le fait. Plus que de raconter un truc sur la guerre, on raconte l’histoire de nos héros (plutôt nos anti-héros) et ce qu’ils leur arrivent. Des mecs qui n’ont rien à foutre là, on les met dans des tranchées et qu’est-ce qu’ils vont faire…

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Vous avez d’abord proposé la série à OCS ? Ou avez-vous essuyés des refus ?

Non..si…En fait, on a tourné nos pilotes avec la boite Six Pieds sur Terre, qui coproduit à Tours, puis on est allé proposer tout ça dans des salons etc… Mais c’est vachement difficile de vendre quand t’as pas de réseau. En fait, c’est la rencontre avec Empreinte Digitale (la boite de prod de Paris) qui a fait bouger les choses, ils nous ont amené un réseau qu’on n’avait pas, notamment un gros appel d’offres de la part d’OCS. Ils ont vu les pilotes, ils nous ont dit « Ça nous plaît, mais on ne veut pas faire du 3 minutes, on veut de la comédie en format 10×26 minutes (à l’américaine) ». Tout est parti de là.

Avez-vous déjà eu des problèmes de censure ? La série prend tout de même un virage très trash au bout d’un moment. Vous êtes-vous déjà dit : « On va trop loin, stop ! » ?

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En fait, tu as plusieurs choses. La première déjà en termes d’écriture, avec OCS, vu que ce sont des séries avec très peu de budget, c’est quand même très modeste l’argent qu’on a. En contrepartie la chaîne nous a dit « On vous laisse une très grande liberté d’écriture, on n’intervient pas dans le processus », ce qui est une belle liberté. Après ça peut être un piège parce que tu peux facilement faire du n’importe quoi. Mais on travaille vraiment main dans la main avec nos producteurs, on est des gens de la même génération (à 10 ans près) et on fait le même projet ensemble, le même produit. Ce n’est pas « les prod contre les auteurs ». Donc on leur fait confiance quand ils considèrent que certaines choses leur plaisent moins, comme eux nous font confiance dans nos propositions d’écriture. Après, avec Samuel, on aime bien aller assez loin, mais on a toujours une limite qu’on essaye de se fixer qui est de « ne pas perdre le spectateur ». C’est à dire à partir de quand il ne croira plus à ce qu’il regarde. On essaye de rester assez proche de ça.
Après, on aime aussi jouer avec. Par exemple, le personnage de Slice (Benoît Moret), qui est présenté comme un homme au début. A partir du moment où on dit que c’est une femme, ça devient une femme… Pour nous ça ne peut fonctionner qu’à partir du moment où tu le traites comme tel jusqu’au bout. C’est à dire que tu n’en fais plus un gag, tu en fais un vrai ressort dramatique. D’où l’histoire d’amour avec Helmut, d’où le fait qu’elle tombe enceinte, qu’elle ait un enfant… Pour nous c’était hyper important que l’on traite cette chose-là, vu qu’elle est un peu absurde, comme quelque chose d’hyper normal. Si tu fais un gag où ton personnage c’est un transsexuel et que tu n’en sors pas…bon bah, à la fin tu tournes en rond.

J’ai ressenti ça dans la série : on commence par un aspect plutôt parodique et caricatural, et à la fin votre univers est presque une réalité parallèle ou une uchronie où tout est possible.

Ouais…enfin…si. C’est un univers parallèle à partir du moment où on raconte une histoire parallèle par rapport à un événement historique. Nous, on aime bien dire que la Lazy Company c’est les pages arrachées des bouquins d’histoire…

Oui, mais au bout d’un moment, on a des cyborgs, des supers soldats…

Ouai bah, ça c’est le fantastique ! (rires)

Mais ça donne à la guerre, à « votre guerre », l’aspect d’un univers autonome…

Oui oui il y a de ça, mais comme quand tu lis Captain America en fait. Dans Captain America la guerre c’est le décorum. C’est pareil pour nous, la guerre est un décorum où l’on raconte nos histoires. On aurait pu faire de la BD, nos héros ce sont des personnages de BD… C’est du Hellboy. On a aussi une légère influence manga… On aime bien nos classiques.

Du coup je voulais aborder la question des références cinéma et télé, il y en a un certain nombre, je pense notamment à Papa Schultz, De l’or pour les braves…elles sont assez évidentes.

Ouais, De l’or pour les braves à mort. Band of brothers vachement, parce que l’idée est partie de là… Tout d’un coup la Lazy Company c’est les « petits frères » de la Easy Company… C’est ceux qui font toutes les conneries derrière pendant que les autres font tous les trucs héroïques. Après, en cinoche c’est assez large parce que nous on a voulu faire quelque chose de très western, du coup De l’or pour les braves est une référence absolue. Après du côté de la narration, vu que l’on est dans un format série on a voulu partir vers des comédies de situations qui nous plaisent beaucoup. Je pense à des séries comme Community, je sais pas si tu connais cette série qui s’appelle Freaks & Geek, qui est la première série de Judd Appatow ? C’est quand même un peu des ados nos héros et nous on aime bien traiter les histoires d’amour. On a voulu faire de la comédie musicale aussi, on est allé taper vachement dans une série très courte de Joss Whedon qui s’appelle Dr. Horrible (avec Neil Patrick Harris et Nathan Fillion, disponible sur Youtube)… Tu vois on fait des clins d’œil un peu dans tous les sens mais voilà on aime beaucoup les dialogues de situations. Quand, d’un coup, ils sont autour d’une table et qu’ils se disent des trucs alors qu’ils sont en plein milieu d’une guerre.

Il y a aussi un côté, moins évident au début mais très clair sur la fin : c’est l’aspect cinéma d’horreur.

Ça c’est pareil, c’est nos classiques et on y fait référence.

J’ai, par exemple, cru déceler une influence de Sam Raimi.

Il y a du Sam Raimi, il y a du Romero…tout ça… Mais si, oui en fait tu peux dire ça. C’est des références énormes ! Tu dis Sam Raimi, et du coup je peux te dire que l’énorme référence pour les histoires d’amour entre nos personnages c’est Spiderman 2. Spiderman 2 tu es censé suivre Peter Parker qui se bat contre Octopus mais ça tu t’en fous. Ce qui t’intéresse c’est l’histoire avec Mary Jane qui est géniale ! C’est incroyable comment il gère le parcours de Parker. C’est génial ce qu’il fait Sam Raimi. Donc oui, j’approuve.

Est-ce que vous avez parfois eu peur de trop en faire au niveau de ces références ? Il y a beaucoup de références ponctuelles, comme une assez évidente à Rocky dans la saison 3. Mais est-ce que vous ne risquiez par de perdre l’identité de la série à force de citations ?

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On pourrait même parler de Raging Bull de Scorsese pour la scène de boxe… Mais non en fait. C’est juste que l’on se disait qu’on avait l’opportunité de faire un match de boxe et ça c’est trop cool ! (rires). Après je trouve qu’il n’y a pas de mal à s’inspirer des bons films. Je vois ce que tu veux dire, mais pour nous, l’identité de la série, elle se construit au fur et a mesure de ce qu’il se passe entre les personnages surtout. C’est Lynch qui dit «Tout a déjà été fait, mais pas par toi » (rires). Donc après, évidement, on a des scènes de fusillades, des scènes de guerres, des scènes de dialogues, de comédies, des fois on chante, des fois il y a une scène de braquage et puis il y a des mecs qui se déguisent…c’est des trucs vus mille fois, des scènes d’infiltrations…et c’est comment, nous, là-dedans, on va s’amuser à raconter autre chose.
C’est vrai qu’on a durci le ton dans la saison 3, mais on était un peu obligé. Parce que spontanément avec la fin de la saison 2 que l’on a proposé, on ne pouvait pas faire comme si ça n’avait pas eu lieu. Et puis, on savait que c’était la dernière saison, donc on a pris un grand plaisir à terminer les arcs narratifs de chaque personnage. Chacun a sa fin, chacun a un aboutissement. C’était assez agréable à faire, mais forcément ça ne se termine pas que dans la joie.

Ce n’était pas exactement ma question. Certains films parfois sacrifient l’histoire pour la référence ponctuelle. Est-ce que vous avez eu peur de tomber dans ce piège-là ?

C’est vrai qu’il faut y faire attention, mais je pense que l’on y tombe pas. En tous cas, j’espère que non. Mais c’est un risque effectivement d’aller trop fort dans la référence et perdre ce que tu racontes. Mais nous, en fait, on raconte d’abord, et après l’univers se fait. Et pour nous ça nous paraissait vachement cool de faire un match de boxe dans les années 40, vu que l’on raconte pas mal que l’on est vers la fin de la guerre, c’est déjà les prémisses de la Guerre Froide… on raconte tout ça. C’était hyper cool à faire et je trouve ça super joli le résultat.

D’ailleurs ça me permet d’aborder la question de ton implication dans la direction artistique de la série. Es-tu juste du côté de l’écriture et de la direction d’acteur ou es-tu impliqué dans la réalisation ?

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Non, c’est Samuel qui travaille avec ses équipes, moi à partir du moment où ça entre en réalisation, je disparais. Je passe de l’autre côté de la caméra et ça me va très bien. Évidement, je suis consulté sur l’intégralité des décisions qui sont prises, mais je n’ai jamais le dernier mot. Si on me pose une question, je réponds, je donne mon sentiment, mais il y a beaucoup de décisions qui se prennent. Et parfois, je ne dis pas mon mot parce que je n’ai même pas envie de le dire. J’ai une grande confiance dans les références de Sam, parce qu’on a les mêmes, une grande confiance dans sa réalisation. Des fois sur le tournage, on se retrouve à couper des choses parce que on a pas le temps de tourner, du coup on se retrouve tous les deux dans un coin et on dit « Qu’est ce qu’on coupe aujourd’hui ? On rattrape ça comment ?… » et voilà. Mais dans la direction artistique en elle-même… Après, on a les mêmes références et surtout on a de supers équipes. L’équipe costume est démentielle, ils font un boulot de fou, on a une équipe déco qui est vachement bien… C’est hyper agréable. Avec des gens qui travaillent dans le même sens que nous, à rendre l’univers crédible et pas le rendre « gaguesque ». C’est important pour nous. Tu disais Papa Schultz, évidement c’est une référence parce qu’il y a les mecs avec leur accent (avec la V.F qui est ultra doublée et tout), mais c’est déjà trop gag par rapport à ce que, nous, on propose.

Vous faites quand même de la caricature.

Il y en a bien sûr, mais si tu veux dans Papa Schultz les héros ne sont jamais en danger, et les nazis sont hyper sympas. Nous on voulait faire de la comédie d’aventure, Papa Schultz, c’est de la sitcom, avec des décors fixes et des rires enregistrés.

Tant que l’on parle de ça, parlons un peu du casting. Comment avez-vous choisi vos acteurs ? Vous vous connaissiez tous depuis longtemps ?

Il y a des acteurs que l’on connaissait et que l’on a voulu essayer. On a fait passer des essais à tout le monde, sans exception. Il y a des gens que l’on connaît depuis très longtemps, on avait aussi envie de faire un casting nouveau, pas des têtes que l’on voit toujours partout. On vient du théâtre donc forcément on a casté plein de gens de ce milieu-là. Dans ceux que l’on connaît depuis très longtemps, il y a Antoine Lesimple qui joue Henry, qui est un pote de longue date et un camarade du conservatoire de Tours. Aurelia Poirier (Jeanne) aussi, Charlotte Ligneau (France/Dr. Uber) également. Philippe Lebas (Dr. Sheffield) c’était notre prof, Gille Bouillon (Paxton), c’était le directeur du centre dramatique de Tours. Laurent Seron (Spring) pareil, copain du conservatoire.
Après Alban Lenoir, c’est un peu différent, on s’est rencontré dans un festival, on lui a parlé du projet quand on l’écrivait et il a accepté de venir faire les pilotes. Donc il était de toute façon validé dès le début de la production. Il a fallu le faire venir dans notre univers, parce que lui, il vient de la bande à Astier, où ils parlent tous un peu pareil. Je caricature bien sûr, j’aime beaucoup ce qu’ils font, c’est super, mais nous on voulait bouger un peu les choses, faire différemment.
Il y a eu aussi de supers rencontres, comme Anne Benoît (Colonelle Sanders), Antoine Gouy (Chuck), Benoît Moret… on est super content du casting.

Et par exemple pour Quentin Baillot qui joue Hitler, comment interpréter un tel personnage, avec tout ce qu’il représente ?

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C’est à lui que tu devrais poser la question ! (rires) Quentin, c’est pareil, c’est un copain. On avait bossé ensemble il y a dix ans, et quand on se demandait qui est-ce que l’on allait prendre pour ce rôle assez difficile, j’ai tout de suite pensé à lui. J’ai emmené Samuel le voir au théâtre, on a fait des essais… et Quentin c’est un monstre de comédie ! C’est un tueur à gage du jeu ! Il arrive sur le plateau, il a un niveau de jeu énorme, c’est un mec qui bosse énormément et qui a une folie de jeu qu’il fallait pour ce personnage. Il est toujours en train de proposer, il a absolument compris l’endroit de comédie clownesque du personnage. Il faut quand même rappeler que Hitler c’est le roi des enculés et que c’est un grand méchant, du coup il en fait une espèce de mégalomane fou… Il se l’est approprié parfaitement.

Oui mais, par exemple, j’ai eu le sentiment que le personnage de Grant était plus méprisable encore, j’ai trouvé ça un peu dommage…

Oui, il est méprisable… pas au même niveau. Tu peux avoir une empathie avec lui comme avec un méchant de chez Disney. Bien sûr ça reste Hitler. C’est vrai qu’en écriture, c’était une limite à essayer de ne pas franchir. Surtout dans cette saison 3 où d’un coup on va voir ce qu’il se passe du côté des méchants. Il y avait un risque, et on s’est sérieusement penché sur la question. Mais Hitler c’est un peu l’empereur Palpatine de la série.

Et donc vous arrivez devant lui et vous lui dites : « Ça te dirait de jouer Hitler ? »

C’est exactement ce que j’ai fait ! (rires) Et il a dit oui.

Et par exemple pour le rôle de Lavinia (Lila Lacombe) dans cette saison 3, comment on demande à une jeune actrice de jouer une nazie ?

En fait Lila a 19 ans. On est obligé de tourner avec des gens qui ont au moins 16 ans, sinon il faut faire une demande à la DASS etc… Mais c’était rigolo parce que quand ils sont venus faire les essais, elle était là, dans son costume nazi, et elle était super mal à l’aise. Mais elle est super, surtout qu’on lui a demandé de jouer une méchante, qui prend du plaisir à être méchante, avant de jouer une nazie. Bien sûr ce n’est pas facile, mais il faut bien rappeler à la personne qu’elle joue un rôle. Tout se joue sur la manière dont tu diriges les comédiens, et Samuel est très bon pour ça. Il n’est jamais dans la souffrance, il dirige très bien les acteurs, surtout quand ils sont jeunes.

Vous n’avez jamais eu peur d’une polémique ? Que la série puisse déclencher des réactions virulentes par rapport au sujet ?

Il y en a eu un peu… Mais tu sais, on a eu plus de mauvais commentaires qui disait « Ouais, c’est vraiment de la merde ! Cette série c’est pas drôle ! » que de gens qui ont crié au scandale parce que l’on rigolait de la guerre. En même temps, il y a plein de comédies sur la seconde guerre mondiale. Il n’y a pas eu de polémique chez Tarantino, dans La grande vadrouille ou pour Papy fait de la résistance… ou s’il y en a eu tout le monde les a oubliées. Quand tu revois Jacques Villeret qui joue Hitler*, c’est hyper drôle. Là où on a volontairement éludé le sujet, c’est quand on a décidé de ne pas parler de la Shoah. C’est un choix. Déjà ça ne se prêtait pas forcément à ce que l’on voulait raconter, et c’est surtout très délicat comme sujet. On en fait une petite référence à un moment dans la saison 2 quand Hitler parle de son mobilier en disant « c’est surtout de la récup’ »… ça veut tout dire (rires).

*ndr : son beau-frère en fait

Autre sujet, peut-être un peu gênant, votre handicap du bras. Vous y faites beaucoup référence dans Lazy Company, mais également dans la série Vestiaires (sur France 2). Ça a une importance pour vous d’en parler ?

Ça ne me gêne pas. C’est le sujet dans Vestiaires donc je n’ai aucun problème à en parler. On prend un acteur comme ce qu’il est. Dans la série on n’arrête pas de traiter Spring de « calvitie » parce qu’il perd ses cheveux, et c’est vrai que Laurent perd ses cheveux. L’acteur est ce qu’il est. S’il y a une bonne blague pour en parler… En tout cas on ne peut pas faire comme si j’avais pas ce handicap, surtout quand tu joues un militaire. On en fait carrément une grosse blague parce que ça nous faire rire ! On n’essaye pas de justifier quelque chose, mais on n’hésite pas à s’en amuser si besoin. Ça nous a même permis un twist en fin de saison 3, pour faire un rebondissement rigolo.

Du coup on remarque très vite que tous les personnages ont une tare : Henry est myope, Chester est stupide etc…

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Ha, c’est sûr que Chester c’est pas une flèche ! (rires) D’ailleurs le plus physique c’est Slice. Mais oui on les a dessiné, comme je l’ai dit, c’est des personnages de BD. L’idée de mettre des lunettes à Henry est venue assez vite, on s’est dit que ce serait cool. C’est très Full Metal Jacket. Il est tout de suite habillé, le personnage, avec une paire de lunettes.

C’était donc une volonté de sortir du canon du héros ?

Oui. La preuve, regarde Alban Lenoir (Chester), il a le physique d’un héros, c’est très facile avec lui. Je ne sais pas si tu as vu Antigang? Mais ce qui est génial avec Alban, c’est qu’il a une fragilité et il se régale à jouer le neuneu, et il fait ça très bien. (rires)

On pourrait parler d’humour grotesque pour la série ? Avec tout cet humour qui touche au corps…un accouchement dans la saison 2, des cyborgs, des monstres…

Oui pour ça tu peux le dire, en effet. C’est surtout qu’on s’amuse avec le transgenre. On n’a pas arrêté de nous dire qu’on devait avoir un problème avec notre sexualité parce qu’on n’arrête pas de mettre des hommes qui jouent des femmes, des femmes qui jouent des hommes, qui jouent des femmes dans un corps d’homme et un homme dans un corps de femme… (rires). Mais c’est juste que c’est cool. Surtout quand tu parles du corps. Dès que tu touches à l’intégrité physique de quelqu’un, tu as une forte empathie pour le personnage. Et ça peut être un ressort de comédie hyper fort, comme ça peut être un truc qui fait peur. Le truc de l’accouchement, c’était vachement cool à faire. Ça a été hyper difficile à tourner, mais c’était cool. On fait aussi une série où il y a du danger, donc on voulait que le danger soit là.

Oui, mais le changement de sexe va quand même au-delà de la notion de danger physique.

Ouais, mais pourquoi pas ? C’est surtout du clown tout ça. (rires)

OK…Pourquoi décider d’arrêter à la saison 3 ?

Plusieurs choses. La possibilité de le faire… la chaîne ne nous a jamais dit « Faites-nous 18 saisons » ou « Faites en que 2 ». Donc on avait le choix de dire « On continue » ou « On arrête ». Donc, on a dit « On arrête ». Premièrement parce que c’est un luxe de pouvoir s’arrêter et de faire une vraie fin, ça évite de terminer comme Dexter. (rires) Et aussi pouvoir dire au revoir aux personnages de la Lazy. Partir vers de nouveaux projets avec d’autres personnages, créer de nouvelles histoires… C’est agréable d’aller faire d’autres trucs. On n’avait pas envie de s’enterrer, de faire la même chose pendant 10 ans, et on finit en beauté. En tout cas, on est content de ce que l’on raconte à la fin. C’est bien de s’arrêter avant d’en avoir marre.
C’est comme quand on nous demande « Pourquoi vous tuez un des personnages principaux en fin de saison 2 ? », bah, on le tue parce qu’on peut le faire. Parce que c’est toujours plus fort quand tu frustres quelqu’un… On préfère que les gens soient frustrés plutôt qu’ils en aient marre. Et c’est pareil avec les personnages. On dit « On le tue », les gens sont dégouttés qu’il soit mort, mais du coup, ils ont envie de savoir pourquoi, ils ont envie de savoir la suite. Pareil pour la saison. On s’arrête, mais on préfère que les gens aient cette frustration, mais qu’ils soient contents de ce qu’ils ont eu, plutôt qu’au bout de 5 saisons, ils soient en mode « On attend la prochaine saison, c’est normal… ».

Et sinon vous avez de nouveaux projets en cours ?

Oui des choses dont on ne peut pas forcément parler. Un long métrage avec Samuel Bodin, moi j’écris le Tome 2 de la Bande dessinée Lazy Company. Je viens de terminer le tournage de la série Vestiaires pour France 2 qui sera diffusée début novembre. Et d’autres trucs dont je ne peux pas forcément parler.

Je ne savais pas qu’il y avait une BD.

Elle est sortie il y a 15 jours. C’est Sam qui l’a écrite, et moi j’écris le tome 2. On traite ça un peu comme du comics, ou des OAV dans l’animation japonaise. On ne raconte pas la série, parce que je vois pas l’intérêt de refaire la série. On raconte, plus ou moins dans une chronologie à peu près cohérente…même si on s’en fout un peu, d’autres aventures où ça se barre ailleurs. Dans le tome 1, les mecs vont en Himalaya pour débusquer une base nazie. Le tome 2… je peux pas te dire de quoi ça parle encore.

Du coup la BD ça permet de faire des choses que l’on ne pouvait pas faire à la télévision.

Exactement ! Comme faire sauter des mecs d’un avion. (rires) Là il y a une scène où le mec tombe d’un avion, vraiment, et ça prend plusieurs pages. Donc c’est cool.

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Question auxiliaire : Ça fait quoi de jouer le Pingouin dans Batman ? (ndr : Alexandre Philip a courtement tenu ce rôle dans le film de fan « Ashes to Ashes », réalisé par Samuel Bodin et Julien Mokrani en 2006, disponible sur Dailymotion).

Haaa c’est cool, c’est très cool… 1 heure de shoot, 4 heures de préparation (rires)…mais c’était très très cool ! Et mon pote Mathieu qui joue le Joker c’est pareil. Il s’est éclaté. D’ailleurs celui qui joue Batman c’est Sylvain Élie qui joue le Patriote dans Lazy company. Super acteur, très grand surtout…on lui a déjà fait jouer deux super héros, c’est cool ! (rires).

Merci à Alexandre Philip pour cet entretient fort riche et instructif.

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