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A l’occasion de la prochaine sortie du film Iris, Jalil Lespert nous a raconté comment ce scénario signé par Andrew Bovell (Hors de ContrôleUn homme très recherché…) s’est retrouvé entre ses mains et comment il a sélectionné son casting et dirigé l’équipe.

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« Je me suis dit qu’il y avait là de quoi faire un film atypique. »

C’est votre première incursion dans le domaine du thriller, qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler sur ce scénario un peu trouble ?

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Jalil Lespert : C’est justement ça ! Parce que c’est trouble. J’ai découvert le scénario alors qu’il devait être tourné aux Etats-Unis mais ce qui, pour des histoires de production, ne s’est pas fait au dernier moment, parce que justement trop trouble, top ambigu, trop sulfureux etc… on m’a alors proposé d’en faire une adaptation française et je me suis dit qu’il y avait là de quoi faire un film atypique. C’est un film qu joue avec des codes très connus du film noir et du thriller tout en les déjouant à chaque instant. Et il fait ça à deux degrés différents. D’abord, celui des personnages, qui subissent les retournements de situation et n’évoluent pas forcément comme on peut le croire, le tout à travers un jeu de miroirs. Et puis, il y a un second degré de lecture qui est plus un hommage au cinéma, c’est de faire un film qui a priori est un film de genre, un thriller, classique, avec des personnages qui seraient des archétypes qu’on connait, et en même temps le faire dévier de sa route pour avoir une singularité en parlant d’amour, de plénitude et de personnages qui finalement sont dans l’introspection. Alors qu’ils sont embarqués dans un thriller, on va prendre le temps de rester avec eux, seuls, ou quand ils se croisent, dans des jeux de regard, dans des silences, mais surtout dans un rapport au corps qui est beaucoup plus sensuel que dans un film d’action. Donc, je me suis dit que c’était un scénario qui avait été écrit par quelqu’un qui connaissait les codes et avait l’audace de les déjouer. Ça me laissait la place de m’exprimer en tant que réalisateur à partir d’un matériau qui est vraiment très joli.

J’imagine que vous avez vu le film japonais (Chaos, de Hideo Nakata, ndlr) dont le scénario est adapté. Est-ce que ça a été un point de départ de votre travail ou est-ce que ça s’est fait pendant le processus de développement ?

Jalil Lespert : A vrai dire que je ne le connaissais pas puisque c’est un film plutôt « mineur » (un DTV privé de sortie en salles en France, ndlr), et je savais que le scénario en était assez éloigné, que ce n’était pas un remake à proprement parler. J’ai préparé le film, j’en ai imaginé toutes les images, et à deux semaines de mon tournage j’ai vu l’original. J’ai un petit moment de flippe avant de lancer le DVD, parce que c’est un grand metteur en scène donc j’espérai que ce soit proche de ce que j’avais en tête. Et en fait c’est vraiment diamétralement opposé, ça n’a plus rien à voir. Ça m’a plutôt rassuré en fait de me dire que j’étais sur ma voie, et c’est très bien comme ça.

On retrouve dans Iris des éléments présents dans vos précédentes réalisations : La perversité d’Yves Saint Laurent, une intrigue qui démarre sur une disparition comme dans Les Vents Contraires, et même la thématique de la famille dysfonctionnelle présente dans 24 mesures. Est-ce que vous avez consciemment retravaillé le scénario pour assurer cette continuité ?

Jalil Lespert : Ce sont des films très différents donc j’ai du mal à y voir des points communs. S’il devait y en avoir un, ce serait la quête d’intégrité de leurs personnages. Même le personnage que je joue dans Iris, à sa façon, il est intègre dans sa folieAu-delà de ça, ces films sont très distincts. Je pense que j’ai eu une influence en faisant Versailles : même si j’avais les droits de ce film, je ne savais pas encore quand je le ferai, et le fait de faire Versailles m’a remis sur  cette piste parce que, même si c’était une série historique, elle était traitée comme un thriller, presque un film de mafieux et il y avait aussi quelque chose de très sulfureux. Tout ça a nourri mon envie de faire Iris.

« J’y ai pris beaucoup plus de plaisir que je ne l’imaginais »

Vous avez justement refait appel à Pierre-Yves Bastard, le chef opérateur avec qui vous aviez travaillé sur Versailles. Quel degré de liberté vous lui avez laissé pour qu’il fasse un si bon travail sur les clairs obscurs ?

Jalil Lespert : Ce que j’aime avec Pierre-Yves Bastard, c’est que c’est un chef opérateur qui n’a pas peur du danger. Pour ce film, qui est un film de sensations, de mensonges et de vérités, évidemment le clair-obscur s’imposait un peu. Avec Pierre-Yves on a eu une conversation assez franche et claire sur la direction globale et il fallait que je m’autorise à lui faire un peu plus confiance, surtout aux moments où il se trouve que c’était moi qui était éclairé et cadré. Je sais évidemment ce qu’on fait mais je n’ai pas l’œil dans l’œilleton. Du coup, je lui ai laissé encore plus de liberté. A partir du moment où on a bien casté son équipe, on est face à des gens qui ont du talent et ma fonction à ce moment-là c’est surtout de leur donner une direction et après de leur laisser proposer. On voulait quelque chose d’assumé, avec une direction de lumière franche, ne pas avoir peur d’être dans l’effet. On a un peu cette même formation qui consiste à tourner à deux caméras. C’est un peu particulier comme façon d’appréhender un tournage.

Et dans le scénario, vous avez donné une place assez importante au couple d’enquêteurs, et notamment à la relation qu’ils ont entre eux et celle qu’ils vont nouer avec Antoine pendant leur enquête. Comment vous avez travaillé sur ce duo qui en sait finalement moins que le spectateur qui lui-même n’est pas sûr d’en savoir beaucoup ?

Jalil Lespert : C’était une caisse de résonance sur l’aspect amoureux, sur ce rapport à la vérité et au mensonge. C’était des personnages qui avaient une fonction dramatique a priori bien définie et en même temps qui sont un peu à la bourre. Normalement, l’enquête devrait faire avancer les choses, mais là ce sont les rebondissements qui font évoluer les personnages. Il fallait donc deux flics qui ne soient pas dans la même évolution puisqu’ils sont un peu excentrés par rapport aux événements qui se passent mais qui en imposent, qui aient du caractère. J’avais besoin d’acteurs qui aient de la personnalité et c’est pour ça que j’ai choisi Camille (Cottin) et Adel (Bencherif), je trouve qu’ils sont d’excellents comédiens, parce qu’il  fallait qu’ils soient capables de tenir un texte.

Justement, Iris est un personnage féminin qui parait assez fort mais qui au final est complètement tributaire du regard des hommes. Vous avez choisi Charlotte Le Bon pour l’incarner, c’est la deuxième fois que vous travaillez avec elle,  avec laquelle vous avez un rapport assez particulier au corps à travers la manière dont vous la filmez. Comment s’est passée l’écriture de ce personnage féminin et ensuite le travail avec l’actrice ?

Jalil Lespert : A l’écriture, j’ai pensé assez vite à elle. Avec Charlotte, ce qui est marrant c’est que dans la vie elle a un côté un peu Tomboy, « girl next door » aussi. Et je ne l’avais pas exploré dans Yves Saint Laurent, où je l’avais prise sans l’avoir jamais vue au cinéma mais parce que j’avais besoin d’une fille qui soit crédible comme top-model de l’époque, donc c’était physique. Et puis en travaillant, je me suis aperçu que c’était une superbe actrice. Quand elle est arrivée sur le plateau d’YSL, elle n’était pas sûre d’elle, pédante, alors que pour l’avoir vue dans ses chroniques je m’attendais à un bulldozer. C’est vrai que c’est une fonceuse, et c’est une qualité énorme au cinéma, parce que quand on entend « action » il ne faut plus trop réfléchir, il faut jouer c’est tout. Et j’ai découvert en travaillant avec elle qu’elle était hyper douée pour ça, et qu’elle ne le savait pas encore. J’ai pensé à elle dans ce rôle, où il y avait un aspect physique, un côté figure de cinéma, presque héroïne hitchcockienne dans son côté de femme fatale et inaccessible, de beauté froide, etc. Elle avait évidemment toutes les capacités physiques à nouveau mais aussi, comme c’est un personnage multifacettes, il fallait lui amener quelque chose de plus émouvant. Cette double personnalité que je lui connais dans la vie, c’est-à-dire son côté garçon manqué,  j’avais envie d’explorer cette palette et donc de la retrouver là-dessus.

Et de l’autre côté, celui des deux facettes de la virilité que vous vous partagez avec Romain Duris, c’est la première que vous apparaissez comme acteur dans un de vos films. Est-ce que dès le départ vous vous êtes dit que le rôle était pour vous ? Et sinon, à qui aviez-vous pensé avant de l’endosser ?

Jalil Lespert : En fait, j’ai pensé à peu près à tout Paris, en me demandant qui pourrait jouer ce personnage d’une quarantaine d’années. Et puis, j’ai d’abord casté Max, et Romain (Duris) imaginait un personnage plus âgé, mais on ne voyait pas pour autant à qui le donner, e je lui ai expliqué que je voulais, comme pour le personnage de Charlotte, un jeu de miroir entre ces deux personnages que tout oppose mais qui peuvent être physiquement similaire, au moins dans leur âge. Il m’a alors demandé « Pourquoi tu le fais pas, toi ? ». Je n’y avais pas pensé mais ça a planté une petite graine parce que le rôle est assez génial à tenir, il est tellement ambigu que pour un acteur c’est formidable d’avoir à jouer toutes ces fêlures. Donc, forcément, ça m’a donné confiance que ça vienne de lui. Il y avait quelque chose d’intéressant dans la tâche d’acteur-réalisateur, et j’ai foncé. Je ne sais pas ce que ça vaut mais j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer dans ce film. Je ne sais pas quelle va être la vie de ce film, elle m’échappe aujourd’hui, mais ça été une étape importante d’être des deux côtés de la caméra et j’y ai pris beaucoup plus de plaisir que je ne l’imaginais.

Percez le mystère d’Iris, le 16 novembre au cinéma. 

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Iris : Bande-annonce

Interview réalisée par Julien D. et Chloé M.

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