Découverte en exclusivité mondiale au festival Séries Mania 2017 des deux premiers épisodes de 13 Commandments, une série policière belge inspirée par Seven qui suit des enquêteurs sur la piste d’un sérial tortureur ou « ange de la mort aussi salvateur ».

Synopsis : S’inspirant des dix commandements, un serial-killer commet plusieurs meurtres afin de rétablir un nouvel ordre moral. Un agent proche de la retraite nommé Peter Devriendt et sa jeune coéquipière, Vicky Degraeve, se lancent dans une chasse à l’homme, afin de faire cesser les crimes punitifs de ce nouveau prophète…

« Inspiré par Seven »¹

¹ note à propos de la série dans le livret Séries Mania, page 28

Disons-le de suite : 13 Commandments ne propose pas une intrigue fichtrement originale ou novatrice. La série reprend les poncifs du genre : un protagoniste (Peter) qui a du mal à vivre son quotidien de solitude et qui s’inquiète pour sa fille et son avenir ; une héroïne (Vicky) abimée et toujours rongée par un vieil accident ; un tueur aux revendications étranges et citant des passages de la Bible, assassin mais pas que. En effet, le tueur surnommé Moïse a d’abord commis un meurtre et a torturé ses deux autres victimes (brûlée pour l’une ; l’autre a eu la langue coupée) et les a laissées en vie (en appelant même les secours dans un cas). Si l’un des collègues de Peter, Simon Roelandts, note qu’il pourrait s’agir d’un « ange exterminateur aussi salvateur », on notera qu’il s’agit surtout de messages destinés à tous, notamment à la police. Le protagoniste recevra en effet des SMS étranges, connotant des punitions divines qui seront infligées peu après aux victimes élues par Moïse. Rien de nouveau sous l’horizon du thriller, mais tout de même, la question doit être posée : quel est donc le lien entre notre héros policier et le tueur ? Où ce dernier veut-il en venir ?

Un casting et une réalisation au service de l’efficacité

Poser ces deux dernières questions expose un fait : la série, même si elle n’est pas novatrice, est particulièrement efficace. Servi par un casting formidable, le mystère saura vous draguer, et l’intrigue, capter votre attention. Car 13 Commandments est excellemment exécuté, de sa construction visuelle à son travail sonore. L’image de la série belge est à la fois classique mais maîtrisée (on pense à la silhouette et au regard d’une adolescente tenue au silence, observant les policiers partir depuis sa fenêtre tel un fantôme), et élaborée : on note le travail du cadre qui joue avec les vitres transparentes et les fenêtres. Ce jeu appelle au travail du regard des policiers et des spectateurs qui essayent de distinguer le vrai du faux, mais qui sont aussi des êtres observés par Moïse (rappelons les envois de SMS).

La caméra est ainsi une fenêtre, un regard – que l’on s’appropriera en tant que spectateurs – qui donne sur d’autres ouvertures qui permettent à notre vision de s’accroitre, mais permet aussi de nous observer depuis l’extérieur. En cela, 13 Commandments est un véritable jeu d’ombres et de silhouettes, de vérités alternatives et de faux-semblants, dans une Belgique fatiguée où la violence règne, et s’inscrit jusque dans les corps des personnages de la série.

Inspirée par ‘Seven’, ’13 Commandments’ est une série du regard.

Des corps en désagrégation

La Belgique est présentée comme pays en souffrance, où les regards peuvent être à la fois révélateurs et ouvertures au danger. Peter Devriendt, souffrant de sa solitude, se rend pendant le premier épisode dans une maison close. L’intérieur du bâtiment est rendu visible par de grandes fenêtres transparentes donnant sur un décor aux couleurs rose/rouge et surtout sur les corps marchandés présentés tels des objets en vitrine comme dans bien des boutiques.

Car la réalisation de 13 Commandments donne aussi à voir des corps. Des corps déshumanisés et vendus tels des objets, des corps torturés ; d’autres accidentés : celui de Vicky est en perpétuelle souffrance ; quant à Peter, ce dernier est vieillissant mais ne cherche qu’à retrouver une passion, une flamme pour réanimer ce corps bientôt à la retraite professionnelle qui l’enfermerait dans une solitude presque complète. La fille de Peter, Sara, qui ne cesse de se chercher en changeant de formations, mais aussi de looks, voit son corps se métamorphoser au fur et à mesure de ses modes et de sa quête existentielle (elle testera les drogues légères, par exemple). Sara est un ainsi un corps en construction mais en proie au doute, dans un pays touché par de nombreuses crises – parlementaire, économique, communautaire – et par le terrorisme.

Les agents Marnix Santermans (à gauche) et Simon Roelandts (à droite).

Mais la Belgique ne saurait être pleinement corporalisée si on oubliait sa force humoristique. Nouveau collègue de Simon Roelandts, Marnix Santermans est un policier dont l’incompétence et les maladresses sont des sources de comédie. Car 13 Commandments possède de l’humour. Marnix a un bon embonpoint, et ne possède aucun masque quant à ses émotions ou ses réflexions. Cet inspecteur Clouseau belge – en plus allégé –, exposera son dégout face à la première victime, n’hésitera pas à poser naïvement des questions évidentes, ou encore à jouer au mauvais flic, pire même, le devenir lors d’une séquence d’interrogatoire déjà culte. Dans cette scène, Marnix est déterminé à obtenir des aveux du petit-ami de la première victime, qui ne peut être que le tueur selon lui, alors que le jeune homme est pleinement innocent – preuves à l’appui. Le policier joue de sa grosse voix et de ses bonnes joues pour acculer le gosse déjà terrorisé par la mort de celle qu’il aime, en frôlant le harcèlement moral. Absurde, loufoque, grotesque sont les qualificatifs les plus aptes à définir cette séquence, et de manière générale, ce policier qui semble toutefois bienveillant.

« Tu t’es pris pour Brad Pitt dans Seven ? »

– Simon à Peter dans l’épisode 1 –

13 Commandments se présente ainsi comme un récit classique mais intriguant. Une série efficace exécutée excellemment et intelligemment, qui filme la fiction d’une réalité ; les corps comme figures des douleurs, meurtrissures, et ténèbres de la Belgique, qui n’a toutefois pas perdu son humour. Une série de treize épisodes à découvrir et à suivre, sans aucun doute.

Fiche Technique : 13 Commandments

Titre original : De Geboden
Création : Rita Bossaer, Mathieu Depuydt, Dirk Nielandt, Lieven Scheerlinck, Ed Vanderweyden
Réalisation : Maarten Moerkerke
Scénaristes : Nele Meirhaeghe, Maarten Moerkerke, Geert Verbanck, Koen Sonck, Frauke Heyde
Interprétation : Dirk Van Dijck, Marie Vinck, Karlijn Sileghem, Berth Halvoet, Tom Ternest, Koen Van Impe, Ella Leyers, Line Pillet
Production : Menuet
Distribution : Attraction Distribution (International)
Diffusion : VTM (Belgique)
13 x 45 minutes

Belgique – 2017

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