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Pour le 4ème jour de cette cuvée 2018 du FEFFS, nous nous sommes concentrés sur la compétition internationale et la quête acharnée pour le fameux Octopus d’or. Une sélection de trois films issus de trois pays différents, mais qui ont la particularité de s’inscrire dans une même mouvance de cinéma d’auteur. La Grèce nous propose une œuvre froide dont elle seule a le secret. De son côté, le cinéma indé américain offre une relecture du mythe de la sirène. Pour ce qui est de l’Argentine, c’est un polar métaphysique qui nous est servi.

[Compétition internationale] Love Me Not

Réalisé par Alexandros Avranas ( Grèce, France ) Date de sortie : Inconnue

Avec Eleni Rousssinou, Christos Loulis…

Les deux représentants grecs de la sélection 2018 semblent s’imposer comme des héritiers du cinéma de Yorgos Lanthimos. Si cela ne fait pas de doute pour Pity, réalisé par le scénariste de Mise à mort du sacré, on pouvait espérer que Love Me Not soit dans une veine différente. Visiblement, la Grèce ne sait aujourd’hui produire qu’un seul type de cinéma, à savoir un condensé de cynisme à la froideur clinique et à la misanthropie exacerbée. D’un côté, il suffit de voir les prix que récolte chaque année Lanthimos pour se rendre compte que les festivals en sont friand. S’inscrivant dans cette trajectoire, Alexandros Avranas tente donc sa chance avec cette histoire de couple faisant appel à une mère porteuse. Évidemment, il ne sera pas question ici d’enfants du diable ou autre, comme on en a souvent l’habitude quand on parle de femme enceinte. Le mal présenté dans le film émane bel et bien de l’être humain et non de quelconque entité démoniaque.

Derrière un emballage glacial constitué de plans fixes au cadrage millimétré, Love Me Not se complaît dans une provocation particulièrement irritante. Son rythme extrêmement lent, ne racontant que très peu de chose tranche drastiquement avec son dernier tiers où la volonté de choquer se fait de façon ostentatoire. Un festival de sadisme envahit l’écran, témoignant d’un mépris écœurant pour le genre humain. Si cela ne suffisait pas à rendre le film nauséabond, l’arrogance avec lequel Avranas met le tout en scène suffit à rendre la pellicule absolument détestable. À l’instar de film comme Canine, ce n’est pas véritablement que le film soit mauvais, c’est juste la démarche qui est absolument puante de complaisance. Il n’est d’ailleurs pas difficile de s’imaginer le cinéaste se palucher avec un sourire sardonique devant son film edgy.

[Compétition internationale] The Rusalka

Réalisé par Perry Blackshear (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Evan Dumouchel, Margaret Ying Drake, MacLeod Andrews…

Deuxième film et deuxième présence en compétition au FEFFS pour Perry Blackshear et ses fidèles collaborateurs Evan Dumouchel et MacLeod Andrews. Témoignant d’une volonté de s’inscrire dans une vague de cinéma indé minimaliste, le trio revient après le moyen They Look Like People, pour une relecture du mythe antique de la sirène. Le processus de création ne change pas vraiment. Un lieu de tournage unique avec ce lac perdu dans le Vermont, une utilisation de la lumière naturelle, une équipe technique réduite sont au programme de ce film au budget riquiqui. Blackshear montre cependant que l’on est capable de donner naissance à une oeuvre originale avec trois fois rien. Tout cela offre d’ailleurs un aspect véritablement intimiste au projet, décuplant la force de son message.

Blackshear s’amuse ainsi à retourner la légende de la sirène, faisant de l’homme un muet et de sa sirène, la créature attirée par l’homme. C’est une oeuvre troublante à laquelle le cinéaste va donner naissance. Une histoire d’amour maudite entre deux amants venants de monde différents. Le film sait par ailleurs parfaitement alterner entre une ambiance touchante et mélancolique et un climat beaucoup plus angoissant (la Rusalka prenant plaisir à noyer les hommes). Le travail impressionnant de Blackshear au montage et à la photographie prend parfois des aspects contemplatifs, qui, marié à ce chant grecque servant de musique, crée une poésie confidentielle. Avec The Rusalka, c’est à  un véritable conte de fée auquel nous convie le metteur en scène, un conte de fée qui n’hésitera pas à être terrifiant et bouleversant.

[Compétition internationale] Meurs, Monstre, Meurs

Réalisé par Alejandro Fadel (Argentine, France) Date de sortie : janvier 2019

Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani

On connait tous cette histoire d’une série de meurtres qui prend place dans un coin reculé du monde et qui lance une police campagnarde dans la quête d’un serial killer au modus operandi particulièrement graphique. C’est un peu ce que nous laisse penser dans un premier temps, Meurs,Monstre, Meurs, le second film de l’argentin Alejandro Fadel. Prenant place dans les Andes, le film s’ouvre avec un plan choquant montrant une femme essayant désespérément de garder sa tête fixée à son corps. Malgré cet avertissement, rien ne nous prépare à l’odyssée que va devenir ce film. À la manière de Mandy, présenté la veille, Meurs, Monstre, Meurs préfère prendre son temps dans sa première partie, quitte à se perdre dans une certaine langueur alors que les cadavres s’empilent.

Le film abandonne ensuite progressivement son côté polar rural pour se muter en un véritable film d’horreur à la portée métaphorique. Faisant penser au film de Amat Escalante, La Région Sauvage sorti l’an dernier, le long-métrage fait entrer en scène une créature à l’aspect peu ragoutant et à la signification on ne peut plus explicite. Au même moment, Fadel nous emmène dans un voyage tourmenté questionnant la nature profonde de l’homme, certaines de ses pulsions inavouables et un mal qui gît au plus profond. Mêlant une atmosphère métaphysique avec des aspects plus frontales ne laissant que peu de doute sur le message du film, Meurs, Monstre, Meurs n’en reste pas moins une œuvre originale sachant crée une ambiance hypnotisante au travers de sa photographie léchée.

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