Critique Exodus : Gods and Kings : ★★★☆☆  

Synopsis: L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire. Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Impressionnant mais incomplet

Bien qu’un nouveau film de Ridley Scott soit toujours un événement, il faut bien avouer que ces derniers temps, le Britannique s’est quelque peu embourbé dans les échecs critiques (Prometheus) et/ou commerciaux (Cartel), tout en passant par les œuvres oubliables du grand public (Mensonges d’État). La question se pose donc aujourd’hui : Ridley Scott, du haut de ses 77 ans, est-il un réalisateur qui puisse à nouveau proposer un nouveau long-métrage du même calibre qu’Alien, Thelma et Louise ou bien Gladiator ? Exodus : Gods and Kings est donc sa dernière chance de montrer qu’il est encore l’homme de la situation pour mettre sur pied ses futurs projets (The Martian et Prometheus 2, ayant passé la main pour Blade Runner 2). Et ce film a de quoi donner de l’espoir, malgré un résultat pour le moins imparfait. 

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Ridley Scott a beau avoir une filmographie en dents de scie, il a toujours su montrer qu’il était fait pour le métier de réalisateur en livrant des films à l’esthétique hautement maîtrisée. Un sens du détail à la limite de la manie (pour ne pas dire la paranoïa) qui s’est confirmé avec des œuvres comme Alien, Blade Runner et surtout la plupart des films historiques de sa conception : 1492 : Christopher Colomb, Gladiator, Kingdom of Heaven, La Chute du Faucon Noir, American Gangster… Du grand spectacle hollywoodien qui nécessite forcément tout un lot d’accessoires, de décors, de maquillages, et autres costumes, pour donner un semblant de crédibilité et permettre au spectateur de plonger sans mal dans l’époque voulue. Avec Exodus : Gods and Kings, le public était en droit d’attendre un tel divertissement, surtout avec un budget avoisinant les 140 millions de dollars. De ce côté-ci, Scott ne déçoit aucunement. Une fois de plus, le réalisateur s’est entouré des bonnes personnes pour dresser une Égypte tout bonnement impressionnante du point de vue visuel. Le film est un régal pour la rétine, proposant ce qu’il faut de détails en arrière-plan et de réalisme, pour effacer toute trace qui aurait été nuisible à ce résultat. 

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Ne reste plus qu’à savoir si Exodus se présente comme le nouveau Gladiator ou bien un ersatz de Robin des Bois, film de genre du pauvre sur le plan spectaculaire. De ce point de vue, cette version de Moïse se range plus du côté du péplum romain. Bien qu’il l’avait déjà montré avec Prometheus malgré son scénario hautement bâclé, le Britannique prouve qu’il peut encore en mettre plein les yeux. Il suffit de voir le début du film, une simple bataille comme le cinéma hollywoodien en a déjà tant livré, mais suffisamment énergique et bien mise en scène pour capter l’attention. Après, Exodus ne sera qu’une pression qui ne va cesser d’augmenter au fur et à mesure que les personnages exposent leurs ambitions, pour déboucher sur les fameuses Plaies et la séquence de la Mer Rouge, servies par des effets spéciaux de toute beauté (dans un autre genre, 300 et Les Immortels peuvent aller se rhabiller). Le tout accompagné par les créations musicales d’Alberto Iglesias (compositeur attitré de Pedro Almodóvar), qui permettent de souligner le souffle épique qui se dégage de cet Exodus. Quant aux comédiens, ils font leur boulot avec savoir-faire, Christian Bale et Joel Edgerton en tête pour ne citer qu’eux. Divertissement à grande échelle garanti ! 

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Le problème provient du fait que Ridley Scott n’est que réalisateur. C’est-à-dire qu’il ne fait que mettre en images les scripts qu’il reçoit entre les mains, bons ou mauvais. Ce qui explique pourquoi sa filmographie n’a pas si fière allure que ne laisse l’entendre sa renommée. Non pas que ce film soit aussi mal écrit que Prometheus ou incompréhensible que Cartel. Ici, les personnages sont bien écrits (notamment en ce qui concerne la relation fraternelle entre Moïse et Ramsès) et l’ensemble propose de bonnes idées qui, pour certains, frôleront sans aucun doute le blasphème (le but du film étant de donner une version différente et réaliste des faits). Non, ce qui gêne, c’est la même impression ressentie après le visionnage de Kingdom of Heaven : un long-métrage incomplet au possible. Exodus a une version longue qui sera disponible à sa sortie en vidéo, le montage de base fait plus de trois heures… Peu importe, Exodus possède les mêmes défauts : un enchaînement de séquences sans aucun lien réel, haché par des ellipses de grandes ampleurs qui empêchent de mettre en avant la prestation des comédiens (surtout en ce qui concerne Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Aaron Paul), le travail effectué sur les personnages (certains apparaissant/disparaissant comme bon leur semblent) et les différentes idées scénaristiques suggérées. Du coup, difficile de retrouver toutes les thématiques émises par l’équipe du film lors de la promotion de ce dernier (comme le côté psychopathe de Moïse évoqué par Christian Bale) et de trouver un quelconque intérêt à tout cela, sauf d’en avoir pour son argent. 

Exodus ne sera donc pas le film qui sonnera le retour de Ridley Scott dans le firmament des chefs-d’œuvre hollywoodiens. Néanmoins, le spectacle qui est offert aux spectateurs saura convaincre sur le savoir-faire encore intact de ce réalisateur. Exodus : Gods and Kings est le blockbuster qui saura clôturer l’année 2014 de manière grandiose (plus ou moins bien que Le Hobbit 3, selon les avis), et c’est déjà une bonne chose ! « À mon frère, Tony Scott » sont les premiers mots du générique de fin. L’hommage a bien plus d’envergure que Cartel, cela ne fait aucun doute.

Exodus : Gods and Kings – Bande-annonce

Fiche technique – Exodus : Gods and Kings

États-Unis, Royaume-Uni, Espagne – 2014
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Adam Cooper, Bill Collage, Jeffrey Caine et Steven Zaillian
Interprétation : Christian Bale (Moïse), Joel Edgerton (Ramsès II), Aaron Paul (Josué), Sigourney Weaver (Tuya), Ben Kingsley (Noun), John Turturro (Séthi Ier), Indira Varma (Miriam), María Valverde (Séfora)…
Date de sortie : 24 décembre 2014
Durée : 2h30
Genre : Péplum
Image : Dariusz Wolski
Décors : Arthur Max et Celia Bobak
Costumes : Janty Yates
Montage : Billy Rich
Musique : Alberto Iglesias
Budget :  140 M$
Producteurs : Peter Chernin, Mark Huffam, Michael Schaefer, Ridley Scott et Jenno Topping
Productions : Scott Free Productions et Chernin Entertainment
Distributeur : 20th Century Fox

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A propos de l'auteur

Sebastien Decocq
Rédacteur/Responsable Actualité Cinema Series

Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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