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Alors que les premiers films de l’année 2018 sortent en salle, que le festival international du festival Gérardmer a ouvert ces portes, que la cérémonie des Césars vient tout juste de rendre son verdict, une chose marque les esprits : le cinéma français n’est pas moribond. Il respire, il ne voit pas trouble et surtout, nous donne envie de croire en lui. Les prochaines ou les dernières sorties, que sont Jusqu’à la Garde d’Alexandre Legrand, Revenge de Coralie Fargeat, Les Garçons Sauvages de Bertrand Mandico ou même Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani corroborent avec brio ce mirage d’une bonne santé d’un cinéma qui semble faire jaillir le son de la révolte.

Souvent perçu comme malade, le cinéma français n’a pas forcément la réputation facile. Chacun d’entre nous a pu essuyer les quolibets habituels sur la soi-disant piètre qualité du cinéma français. Ces mêmes remarques, qui ne sont pas forcément infondées, sur la dichotomie qui gèle le 7ème art français dans une sorte de guerre froide entre la comédie familiale et populaire se rapprochant des standards télévisuels académiques face à un cinéma d’auteur « parisien » engourdi dans une intellectualisation de n’importe quel sujet social, même le plus enfantin. Pourtant le cinéma français a des réalisateurs que peu de pays peuvent se targuer d’avoir : Gaspar Noe, Bruno Dumont, Abdellatif Kechiche, Philippe Grandrieux, Arnaud Desplechin, Leos Carax, et surtout l’esthète de ces dernières années Bertrand Bonello puis Hélène Cattet et Bruno Forzani  qui sont les meilleurs exemples (parfois invisibles) de ce que le cinéma français peut accoucher comme art différent et iconoclaste où l’esthétique sont des sauts de foi ahurissants.

Cinéma français, où le cinéma de genre comme le fantastique, semble avoir peu de place dans son environnement si l’on excepte des cinéastes tels que Christophe Gans ou Pascal Laugier voire Matthieu Kassovitz. Certes, on rentre dans le cliché même de ce que l’on sait comme faussé, mais cette vision pessimiste n’est pas si éloignée d’une certaine vérité. Il n’y a qu’à voir la cérémonie des César qui s’oblige, par pure volonté de consensus idéal et hypocrite, de mettre à l’honneur un prix du public. Comme si le public avait donné son avis, alors que ce prix ne prend en compte ni le nombre de copie ou la grandeur des salles dans lesquelles sont projetés les films. Alors que dans le même temps, la comédie française essaye tant bien que mal de trouver un second souffle avec des têtes montantes que sont Antonin Peretjatko et Vincent Macaigne.

En France, le cinéma de genre n’a que très d’exposition, pour des raisons autant financières que culturelles, mais certains réalisateurs savent trouver la médiane entre ce cinéma social voué à l’ultra réalisme qui colle à l’actualité et les escapades de genres, comme peut le faire dernièrement Bertrand Bonello avec Nocturama où le genre du teen movie se décodifie par le prisme du sujet qu’est le terrorisme, Arnaud Desplechin avec Trois souvenirs de ma jeunesse qui mêle romance, film d’espionnage, et film initiatique avec fougue ou Jusqu’à la Garde de Xavier Legrand qui dénonce les violences conjugales par le recentrage du genre horrifique, et même Petit Paysan d’Hubert Charuel qui agite l’univers cloisonné de l’agriculture par le thriller.

Le cinéma français connait lui aussi les mêmes affres que le cinéma américain, voire mondial : celui d’une rentabilité à outrance. Avec l’économie actuelle, la rentabilité est devenue, non pas une caractéristique de l’enveloppe budgétaire d’un film, mais est une obligation quant à la survie d’une œuvre voire d’un cinéaste dans le milieu. C’est une lapalissade, mais cela atténue fortement la liberté de création ou la vision même d’un cinéaste, avec cette peur de la marginalité. Dans une époque, qui voit les cinéphiles se faire remplacer par des cinéphages qui bouffent du cinéma sans respiration et sans maturation de pensées, avec son mode de consommation instantanée à la Netflix, le cinéma se doit d’aller vite et de frapper fort pour exister. C’est donc aux exploitants de promouvoir ces longs métrages qui sortent des normes, aux codes visuels et narratifs différents, de faire confiance à de nouveaux visages pour que notre cinéma ne tombe pas dans une routine incestueuse et puisse donner jour à de nouveaux talents comme Garance Marillier, Nahuel Pérez Biscayart ou Léa Mysius (Ava).

Pourtant, le cinéma français n’est pas si uniformisé que cela. Sentiment sans doute mièvre, et complément hors de la réalité vécue par nos artistes français mais certains signes, certains films font espérer. Avec les prix aux Césars 2018 de Dupontel pour Au revoir là-haut, ceux de Campillo et son équipe pour 120 Battements par minutes, le prix de Jeanne Balibar pour Barbara, ou même les multiples nominations de Grave de Julia Ducournau ou du Le Sens de la fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache, montrent à quel point le cinéma peut se muer en une sphère diverse et protéiforme, et proche d’un vaste public. De la comédie inspirée, du cinéma de genre effronté et sanglant, du film historique haut de gamme, du film social émouvant et esthétique, du biopic qui se réapproprie les codes du genre, voilà que le cinéma français fait belle figure. Sans oublier en 2017, Laissez bronzer les cadavres, ode incroyable au giallo et au western ébouriffant.

Alors qu’en 2018 Les Tuches 3 et La Ch’tite Famille trustent les premières places au box-office, et que les adaptations de bande dessinée s’annoncent de plus en plus horripilantes, qu’ils battent des records d’entrée sur des premiers week end, un vent de fraîcheur commence à souffler sur le toit du cinéma français depuis pas mal de temps. Au regard du terrain, les problèmes sont nombreux : que cela soit à propos du financement du cinéma français qui contient que très peu de boites de production qui auraient la possibilité de prendre des risques financiers sur le cinéma de genre (sauf EuropaCorp de Besson), ou même les aides financières du CNC et son rôle dans la diversité artiste et genrée que doit offrir notre cinéma. Mais les soucis ne sont pas que d’ordres techniques et matériels, ils sont aussi d’ordre culturels: à l’image la culture en France de l’Entertainment qui s’avère moins poussée, ou l’omerta nauséeuse du milieu (Balance ton porc), la difficile vente du cinéma français à l’étranger, ou la consanguinité télévisuelle (l’effroyable Bad Buzz d’Éric et Quentin) de la comédie française actuelle qui nous bombarde de sa médiocrité avec à chaque fois les mêmes têtes d’affiche que sont Kev Adams ou autres Dany Boon.

Mais le cinéma français ne se résume pas qu’à cela et ce début d’année 2018 en est la preuve la plus éclatante dont les meilleurs films sont de l’hexagone. A l’image de Revenge de Coralie Fargeat qui montre une qualité esthétique impressionnante dans sa réappropriation du cinéma de genre « rape and revenge » et sa fluidité technique de l’action. Il n’y a qu’à scruter son impressionnant climax final dans les couloirs de la maison pour se rendre compte de son talent. Et comment ne pas parler de l’œuvre barrée et délirante de Bertrand Mandico Les Garçons Sauvages : une confusion des genres et des sens dans un voyage féminin, érotique et androgyne. Il faut promouvoir, aider, parler de ces œuvres-là. Il y a encore beaucoup de chemins à faire et les nouvelles sorties s’annoncent fleurissantes. Le combat ne fait que commencer.

 

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