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Waco : In God we trust, although they bite the dust
3.5Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)

1993, coupe mulet, tanks contre enfants. Revivez la pire intervention du gouvernement américain contre son peuple depuis la Guerre de Sécession en version remastérisée dans la série Waco, aux éditions Paramount Network.

La dernière saison d’American Horror Story donnait encore la part belle à Evan – Give that man an Emmy – Peters et son immense talent d’acteur, autant méconnu du grand public que sous-estimé des réalisateurs. Cette saison, Cult, est la plus politiquement engagée qu’a réalisé Ryan Murphy, en établissant intelligemment un parallèle entre mécanismes d’intégration sectaire par la phobie (coulrophobie, thanatophobie, etc…) et endoctrinement politique à la sauce Trump. Dans l’épisode  9, “ Drink the Kool-Aid ” sont  développés de nombreux leaders sectaires pour étoffer ce machiavélisme, tous interprétés par le talentueux acteur américain, tels que Jim Jones des Peoples Temple, Charles Manson ou encore David Koresh des Branch Davidians. Ce dernier aurait pu rester comme une illustre inconnu à ma connaissance si je n’avais pas reconnu sa splendide coupe mulet qui aurait fait pâlir de jalousie MacGyver dans le trailer d’une autre série : Waco.

Cette mini-série de seulement 6 épisodes produite par Paramount Networks relate un blocus ayant eu lieu du 28 Février au 19 Avril 1993 au Mont Carmel dans la ville d’Elk, non loin de Waco au Texas. C’est dans cette immense ferme que vivent Vernon Wayne Howell, aka David Koresh, autoproclamé leader religieux et une centaine de ses “ disciples “. Elle débute par une intervention de l’ATF (Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms) qui, en apprenant par le biais d’un indic que la secte dispose pour l’équivalent de 200 000$ d’armes automatiques susceptible d’être modifiées en semi-automatiques (rendant leur possession illégale, n’oublions pas que nous sommes au Texas et que posséder un arsenal digne des Corleone est aussi légal au Texas que de collectionner des feuilles Diddl en France), décide de l’espionner et monte l’opération “ Showtime “ visant à procéder à l’arrestation du gourou. L’assaut est un fiasco, les deux camps subissent des pertes et débute dès lors une partie d’échecs aussi intense que celles décrites dans le roman éponyme de Stefan Zweig.

Quand il est question de série basée sur des faits réels, je ne peux m’empêcher de me renseigner sur la véracité de ces derniers afin de voir là où la réalité s’arrête pour laisser sa place à la fiction.. La saison 1 d’American Crime Story sur le procès d’O.J Simpson (de Ryan Murphy, encore lui) avait joué très juste, tant sur les traits physiques des personnages ; Le juge Lance Ito (Kenneth Choi), l’avocat Johnnie Cochran Jr (Courtney B Vance) ou encore Marcia Clark (Sarah Paulson), que sur les moments désormais cultes du procès, comme l’essayage du gant noir de l’ex-footballeur américain déchu ou l’annonce du verdict qui est mot pour mot la même, à un bégaiement prêt. Une fidélité dont s’en rapproche la mini-série Paramount notamment concernant le personnage principal (Taylor Kitsch, à qui le rôle va comme un gant, mieux que celui d’OJ Simpson), mais aussi sur les faits qui seront détaillés plus tard, sans pour autant avoir la même dynamique. Dans les deux cas, une affaire polémique est mise à l’écran pour permettre au téléspectateur de se faire son propre avis sur cette dernière. Les producteurs auraient-ils joué la carte de la neutralité en s’inspirant des biographies A Place Called Waco: A Survivor Story de David Thibodeau, ancien fidèle de la secte (interprété par Rory Culkin) et Stalling For Time: My Life As An FBI Hostage Negotiator de Gary Noesner, négociateur du FBI (Interprété par Michael Shannon) ? C’est en tout cas en entrant dans les deux camps que la série nous laisse faire notre avis, sans pour autant être impartiale. Proposez un sceau de bonbons aux oignons ou un abonnement d’un an au Chasseur Français à un gamin de 5 ans à Halloween et il choisira le moins pire.

De la lumière d’un illuminé …

Prenez un fanatique adepte de l’Église adventiste du Septième Jour, imbibez-le de narcissisme, ayez la main lourde sur la polygamie, saupoudrez-le généreusement de pédophilie, laissez chauffer pendant plusieurs années dans le “ centre du royaume de David ” qu’est le Mont Carmel et vous obtiendrez : Vernon Wayne Howell alias David Koresh. Loin d’être un enfant de choeur, malgré ses nombreuses messes et sermons (sans jeu de mots), il nous l’est pourtant et souvent présenté comme tel. Pourquoi un pseudo aussi alambiqué me direz-vous ? Tout simplement parce que le roi David est mentionné dans la Bible comme “ Messiah “ et que Koresh est une translittération de Cyrus en hébreu (prénom donné à un de ses fils), roi de Perse ayant libéré les juifs déportés à Babylone par Nabuchodonosor (qui écrivait cela en quatre lettres). Il donnera une explication au FBI en lien avec le 4ème sceau de l’Apocalypse qu’est le cavalier sur son cheval pâle : la  mort. lls ne devaient pas cultiver que des betteraves au Mont Carmel.

Toujours est il que durant la série sont évoqués à de nombreuses reprises les “ Seven Seals “, et plus particulièrement le cinquième. Quid des 4 premiers ? Ce sont tout simplement les 4 Cavaliers de l’Apocalypse, qui sont (cela n’est que mon humble avis, je suis peut-être aussi illuminé que Koresh, qui sait ?) la trame narrative sous-jacente de cette mini-série. Comme évoqué dans l’Apocalypse selon St-Jean, l’agneau – décrit comme Jésus-Christ – représente David Koresh comme annonciateur de la prophétie biblique. C’était d’ailleurs la condition sinéquanone pour permettre sa reddition ; lui laisser écrire sa version des Septs Sceaux de l’Apocalypse. Imaginez Sylvain Durif ne voulant pas descendre à table sous prétexte que la boulangère de Bugarach, sur qui il a autant flashé que les soucoupes volantes qu’il a aperçues, ne croyait pas en sa réincarnation du Christ Cosmique. Deux poids deux mesures mais ça y ressemble.

Le premier sceau représente un cavalier monté sur un cheval blanc : la conquête. Ce sont les premières minutes de la série : le début de l’opération Showtime (Qu’est-ce qu’on doit se marrer dans les brainstorming du FBI). La reconstitution des premiers instants restent fidèles selon les témoignages de l’époque : Koresh sortant du Mont avec son beau-père, désarmé et interpellant les forces armées avec ces mots “ There is women and children in here “. Un geste pacifique inutile puisque des coups de feu s’en suivront, blessant et tuant de nombreux hommes des deux côtés. C’est d’ailleurs un des seuls éléments où les deux parties s’accordent (Dû probablement à la présence de caméras à ce moment-là). Quant à l’origine des coups de feu, elle restera probablement un mystère puisque les divergences apparaissent à ce moment-là, d’autant plus que c’est ce qui met le feu au poudre et inclut donc la responsabilité sur l’une des deux parties. Une version Western texane du jeu  » Qui est ce ? « .

Le deuxième est un cavalier monté sur un cheval rouge : la guerre. Plus qu’une guerre de mouvement, c’est une guerre de position psychologique à laquelle vont s’adonner les deux camps. Pendant les 4 derniers épisodes, les valeureux militaires rancuniers vont user de leur imagination débordante (à défaut d’une intelligence couplée d’une culture religieuse qui leur aurait probablement servie) et utiliser plusieurs techniques afin de déloger les membres des Branch Davidians de leur terrier. Électricité coupée, diffusion de cris d’égorgements de lapins, d’avion et de pleurs de bébé à travers d’immenses enceintes (encore heureux que David Guetta ne produisait pas sa musique de comptine à l’époque, c’aurait pu leur donner des idées) et de lumières éblouissantes, coupure des émissions télévisées, utilisation des enfants comme moyen de pression pour les figures maternelles, … Bref, tout aura été mis en place pour les user psychologiquement. Et un des retours de bâton de la part de Koresh restera parmi une des scènes les plus badass dans l’épisode 5 “ Stalling for Time “ offrant sa version de The Call – I Still Believe en guise de gros doigt d’honneur des familles aux autorités. Sex, God & Rock’n’Roll.

Le Troisième sceau est un cavalier monté sur un cheval noir : la famine. Dès le 7ème jour du blocus, les provisions s’amenuisent au rythme des espoirs. C’est ce qui est développé dans l’épisode 4 « Of Milk and Men », avec ce premier échange physique pour … du lait. (Étonnement unanime dans la salle). De nombreux enfants étaient dans le Mont pendant le blocus, et la nourriture manquait. C’est de cette monnaie d’échange que naissent les échanges les plus aboutis. Encore une preuve que les produits laitiers sont nos amis. C’est aussi dans ces passages qu’une des meilleures relations s’effectue, entre Gary Noesner et Steve Schneider. Ce grand blond moustachu, dont le regard livide de bovin concurrence les beaux yeux de Ryan Gossling, est probablement un des meilleurs personnages de la série et celui qui a la meilleure évolution. Légèrement mou et effacé par son leader dans les premiers épisodes, Steve va prendre de l’ampleur tout du long de la série et c’est sans aucun doute le personnage auquel le spectateur s’identifiera le plus. Pas trop non plus, il s’est quand même fait piqué sa femme par Koresh rappelons-le.

Le Quatrième sceau représente un cavalier monté sur un cheval verdâtre : la mort par l’épée, la famine ou la peste. Après de longs jours d’attitude conciliante et d’attente de la part du FBI (où une petite formation sur la Bible ne leur aurait pas fait de mal), c’est l’heure pour l’épée de Damoclès version US Army, avec toute sa poésie, de rentrer en scène. La voiture de la prophétie embraye pour passer la cinquième sur l’autoroute de l’apocalypse.

Cinquième sceau : Apparition des âmes des martyrs pour la Parole de Dieu. Je laisse ce passage volontairement en suspens pour ne pas gâcher l’épisode final pour celles et ceux qui [comme moi à mon grand dam] ne souhaiteraient pas se renseigner sur les faits avant la série. J’ai souvent reproché à la série des lenteurs, notamment dans les deux premiers épisodes et une difficulté à m’attacher aux personnages. Mais les vingt dernières minutes m’ont [presque] réconcilié avec cette idée. Comme dirait un couple fidèle de nonagénaires célébrant leurs noces de platine dans un club échangiste : Mieux vaut tard que jamais.

… naquit l’obscurité des esprits les plus cabochards.

Si l’on devait trouver un second parallèle religieux à cette impasse, ce serait David contre Goliath. David et ses disciples, retranchés et coupés du monde, contre Goliath aussi surarmé que rancunier. Ce mastodonte que sont l’ATF et le FBI sont poussés au paroxysme du cliché manichéen américain, un responsable qui a autant d’empathie qu’un Poutine à la Gay Pride, et son subordonné, Mitch Decker, un bon duo d’intellectuels qui n’ont pas inventé l’eau chaude et on comprend vite de quel côté la série prend partie. C’est durant les deux premiers épisodes et en ayant accès à l’intérieur de la tente de commandement que l’on décèle les enjeux et les manipulations de cette mission (cette opération était l’opportunité rêvée pour le FBI de redorer son blason suite à la mort par un sniper de la femme de Randy Weaver, un ancien béret vert proche des Aryan Nations, qui croyait en l’apocalypse et ayant fini pour certains, en martyr). Le FBI et les fanatiques religieux, une grande histoire d’amour donc. 

À coups d’embargo médiatique (les médias étant tenus à distance à 5 kilomètres du Mont) et de manipulation de l’opinion publique, les autorités offrent au grand public une version erronée des faits lors des conférences de presse, et c’est avec une frustration égale à notre impuissance que l’on constate ce petit jeu. C’est d’ailleurs à celle donnée à la fin de l’épisode 3  » Showtime «  que notre opinion prend un tournant, pour ensuite ne rester que la même jusqu’à la fin de la série.

L’intérêt de ce genre de série réside dans l’ouverture d’esprit collectif, la relance du débat et le combat de la pensée unilatérale. À sa sortie, la série a relancé la polémique aux Etats-Unis parce qu’elle met en porte-à-faux les versions officielles et les personnalités politiques en place au moment du blocus (Bill Clinton, Janet Reno, …). Certes, être au sein des deux camps apporte une certaine neutralité et laisse au spectateur de choisir le sien, mais l’aspect empathique et humain vous portera du côté de David et ses fidèles. Au-delà de l’aspect sectaire, voir des familles vivant retranchées dans un ranch perdu au Texas suscite forcément de l’empathie, et c’est l’objectif des deux premiers épisodes, où l’on nous montre à travers différents personnages l’aspect soudé de ce groupe, et de l’autre la facette sombre de David Koresh. Car la personnalité du gourou n’est des fois pas laissée de côté et on nous montre un homme aussi manipulateur que charismatique, hypnotisant les seuls potentiels “ semblables “ révolutionnaires avec ses éloges religieux à deux francs six sous. Il faut voir ces deux épisodes comme un flash-back afin de permettre au spectateur de bien cerner la personnalité du personnage pour se faire son avis.   

Manhunt : Unabomber avait fait le même pari, celui de comprendre un passif pour justifier, ou du moins forcer à la réflexion, les actes meurtriers d’hommes psychologiquement instables et marginaux. C’est dans cette optique-là que nous était notamment révélé le destin de Theodore Kaczynski dans l’épisode 6 « Ted ». Ted est un mathématicien de formation, avec un QI avoisinant les 170, écrivain du manifeste Industrial Society and Its Future, mais aussi un terroriste néo-luddite, dont 26 personnes avaient été victimes de ses 16 colis piégés, dont 3 morts. Cobaye du programme MK-Ultra, un programme secret de manipulation mentale de la CIA (Tiens tiens …), son intelligence était devenue un leitmotiv pour ses actions. Même démarche pour Mindhunter de David Fincher et les débuts du profilage psychologique des tueurs en série au FBI dans les années 70. Les profils psychologiques atypiques sont sources d’inspiration chez les scénaristes, la marginalité à toujours été fascinante. Vivement une mini-série sur Michel Houellebecq avec Philippe Katerine dans le rôle principal.

La messe est dite ?

Waco nous montre bien trop souvent à l’écran un David Koresh fort bien sympathique et bienveillant, comme un néo-titulaire du BAFA qui emmène sa colo en camp de vacances à Erquy en lui racontant sa vision religieuse dans son temple rempli d’enceintes Marshall (Le respect de l’Histoire leur aura permis un joli placement de produit). Et là réside un petit [gros] hic de la série. À vouloir prendre partie pour un camp, l’orientation donnée au spectateur est à son paroxysme. Bien que tout semblait être harmonieux et que des familles y résidaient, Mont Carmo restait tout de même le quartier général d’un leader sectaire qui s’auto-permettait la polygamie et interdisait les relations sexuelles conjugales car lui-seul pouvait et se devait de rendre les femmes enceintes. Et d’un autre côté, on nous offre le schéma classique d’un négociateur perdu entre ses convictions, ses valeurs et son travail face à une armée de badauds qui ont reçu un M16 en plastique après avoir soufflé le gâteau à 5 000 calories où était apposée leur 5ème bougie.  

Loin de moi à prendre la défense des autorités américaines durant ce blocus, ce qui m’a dérangé est justement l’aspect “ fiction “ qui a souvent pris le dessus. Certains personnages ont souvent manqué de profondeur, excepté les personnages principaux, tout comme les dialogues. Il m’est arrivé de regarder l’horloge : 14h30. Je sirotais mon Earl Grey dans mes pantoufles en me croyant presque devant un épisode de la Maison dans la Prairie sur M6 tant l’aspect téléfilm ressortait, notamment dans les deux premières épisodes. Je crois que finalement j’aurais préféré une série documentaire Netflix à la Making A Murderer pour ce genre d’événement. L’éternel insatisfait enverra une lettre manuscrite sur une feuille Diddl à Reed Hastings pour lui soumettre l’idée.

Au-delà de l’aspect fiction, Waco reste une série qui monte en gamme et gagne cependant en qualité. On passe des aigus fadasses et monotones du début de série pour monter crescendo dans les graves jusqu’au dernier épisode. Car oui, ce qui s’est passé ce 19 Avril 1993 est d’une gravité extrême et, un quart de siècle après, la société américaine n’a pas oublié cet événement qui a incombé à grand nombre de dirigeants et figures autoritaires. Bien qu’aucune information n’a été donnée concernant une potentielle diffusion française, cet article aura peut-être aguiché votre curiosité et vous aurez probablement envie de voir ces 51 jours (et plus) dans ce ranch au fond du Texas, de connaître cette bévue qui n’est malheureusement pas orpheline. C’est pas tout mais j’ai du pain spiritique sur la planche, j’ai un Mandat Cash à envoyer à Skippy. 

Waco : Bande-annonce

Waco : Fiche technique

Créateurs : John Erick Dowdle, Drew Dowdle
Réalisation : John Erick Dowdle, Dennie Gordon
Scénario : Drew Dowdle, John Erick Dowdle, Gary W. Noesner, David Thibodeau, Leon Whiteson, Salvatore Stabile, Sarah Nicole Jones
Intérprétation : Michael Shannon (Gary Noesner), Taylor Kitsch (David Koresh), Andrea Riseborough (Judy Schneider), Paul Sparks (Steve Schneider), Rory Culkin (David Thibodeau), Shea Whigham (Mitch Decker), Melissa Benoist (Rachel Koresh), Julia Garner (Michele Jones)
Image : Todd McMullen
Musique : Jordan Gagne, Jeff Russo
Montage : Elliot Greenberg, Christopher Nelson
Direction Artistique : David Best, Billy W. Ray
Décors : Elaine O’Donnell
Costumes : Karyn Wagner
Production : Drew Dowdle, John Erick Dowdle, Kelly A. Manners, Megan Spanjian, Salvatore Stabile, Branden Cobb, Jennifer Malloy
Société de Production : Brothers Dowdle Productions
Genre : Drame – Histoire – Policier
Format : 47 minutes
Diffusion : Paramount Network

Comments

Commentaire

Une réponse

  1. Manon Dprs

    Un article plein d’humour et très bien écrit ! L’auteur a une fois de plus réussi à attiser ma curiosité
    Le parallèle avec les chevaliers de l’apocalype apporte une piste de réflexion intéressante

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