Il y a un an, nous quittions Gus et Mickey sur un fougueux baiser en suspension. Passé par des hauts, des bas et des très très bas, le duo de Love semblait promis à un nouveau (premier vrai?) départ. Quid donc de la suite de leurs aventures ? Autant tuer d’emblée le suspense, la saison 2 de Love est supérieure à la première.

D’abord au profit d’un allongement du nombre d’épisodes (12 contre 10 la saison précédente) et du format qui glisse, tout au long de cette seconde fournée, de 25 minutes à près de 40. Cela peut ne paraître rien et, pourtant, ces changements embrassent totalement l’ambition et la qualité d’écriture d’un show qui oscille entre sitcom et drama, romcom et aléas.

Là où la première saison se chargeait des préliminaires et des présentations d’usage, la saison 2 de Love entre de plein pied dans la construction d’un couple et l’exploration sous de nombreuses coutures de ce rapport humain complexe. A l’image de ce que Man Seeking Woman s’est chargée de construire dans sa saison 3, Love ne cherche plus à mettre ensemble ses protagonistes mais à les voir main dans la main, les faire évoluer côte à côte. Et ça marche carrément.

D’une part parce que Judd Apatow a prouvé maintes fois son expérience en la matière, capable de dresser avec tendresse et justesse des portraits de couples « malgré eux » sans jamais en exclure les sérieuses difficultés et la trivialité. D’autre part car Paul Rust (qui interprète Gus) et Lesley Arfin, couple à la ville, semble mettre beaucoup d’eux-même dans cette peinture de la relation amoureuse.

Les trois créateurs, également scénaristes, densifient considérablement leur écriture par un schéma de plus en plus proche des créations FX. A la manière de Louie, Atlanta ou Baskets, Love cherche moins à conduire un fil narratif qu’à passer du temps avec les personnages et éprouver plusieurs aspects de leur situation. En cela, au même titre que les hang out movies (ces films qu’on regarde pour passer du temps avec les personnages) chers à Quentin Tarantino, Love est une hang out series. Son duo profondément attachant (et la clique qui gravite autour) est la principale raison de traîner six petites heures avec eux, comme l’on prendrait des nouvelles de vieux potes.

Mais ça, c’est un constat effectif depuis la première saison. La grande nouveauté de cette seconde partie, c’est de proposer des épisodes plus construits, charpentés pour la plupart autour d’une idée principale (deux soirées parallèles, un dogsitting, une journée ensemble,…) de laquelle va surgir nombre de surprises, qu’elles soient gaguesques, tonales ou simplement thématiques. C’est souvent extrêmement drôle, toujours tendre, parfois très gênant et farci de situations qui dégénèrent avec parfois une inexorable bêtise de la part de ses protagonistes.

Autant dire que l’identification spectatorielle marche encore plein tube, comme c’est quasi-toujours le cas chez Judd Apatow. Par son absence de pudeur et sa profonde humanité, le réalisateur (et par extension nombre de ses collaborateurs) à imposé ce modèle unique d’une comédie qui ose n’être pas drôle mais s’impose d’être juste et sincère. Si, comme nous le disions, le modèle a depuis fait de nombreux petits, la saison 2 de Love prouve encore l’efficacité de ce style. Capturer beaucoup de la vie de ses instigateurs (après tout, Apatow fait tourner sa famille et ses potes) pour la faire entrer en résonance avec le public, éclats de rires et petites dépressions en sus. D’où la logique universalité d’une série dont le pitch est, à l’origine, le plus fainéant du monde.

Tous les atouts de la saison 1 sont de nouveau présents, le casting est génial notamment Gillian Jacobs et Claudia O’Doherty, duo de copines craquantes souvent bien plus drôles que leurs homologues masculins. Par Iris Apatow, c’est une croustillante satire du milieu de l’entertainment qui continue aussi de se développer, à base de parodies de séries-télés merdiques et de films d’actions décérébrés. Tout cet aspect du show, avec un Gus maladroit au milieu d’une industrie de requins, offre de francs éclats de rire et des moments outrancièrement gênants. La galerie de seconds-rôles, encore étoffée, n’en finit plus de créer le rire et d’amusants décalages typiques du cinéma du frat-pack.

Venons-en cependant, puisque il le faut, au point noir de la série. Une ombre au tableau depuis la saison 1 qui ne sera malheureusement pas corrigée ici. A savoir le personnage de Mickey où plutôt l’idéologie véhiculée par ce personnage. Pour mémoire, Apatow s’est souvent fait taper sur les doigts par les féministes pour sa représentation d’un monde où l’immaturité attachante des hommes ne pouvait être contrebalancée que par des femmes castratrices et rabats-joies. Si la chose est forcément plus nuancée que cette attaque dégoulinante de bêtise, il apparaît cependant peu anodin que Crazy Amy et Love mettent en scène des femmes immatures, comme pour donner le change des productions précédentes.

Or, c’est là que la série commet une grosse erreur et s’embourbe un peu. Car les problèmes traversés par le couple dans cette saison vont être quasi-exclusivement apportés par une Mickey sex-addict, alcoolique anonyme et ancienne droguée. Forcément, face à un Gus coincé, Mickey détonne et la série choisit de se focaliser sur ses problèmes. Mais en transformant ses problèmes personnels en embûches pour le couple. D’où ce désagréable sentiment qu’un des amants fait tout correctement quand l’autre ne cesse de provoquer des galères. Et n’était-ce pas déjà Mickey qui s’excusait platement à l’issue de la saison 1 ?

A côté de ça, les défauts de Gus, eux, ne pèsent pas bien lourds et Love échoue encore un peu à traiter également ses deux personnages principaux. Ce qui est pourtant l’un des moteurs principaux des comédies romantiques, à savoir que les contraires s’attirent. Ici, la balance est déséquilibrée et un soupçon conservateur (autre reproche fait à Judd Apatow) plane sur le personnage de Mickey comme l’être qui doit forcément changer pour que le couple fonctionne. Couple qui semble sa seule issue pour s’en sortir.

Dit comme ça, Love perd un peu de son charme et peut faire grincer des dents mais, il faut le dire, nombreuses sont les scènes qui démontent ce point de vue et nuancent cette constatation. Constatation qui pourrait, de plus, être remise en cause par une surprenante et plus que probable saison 3. En attendant, malgré ses quelques défauts, on vous conseille chaudement de découvrir Love, série générationnelle s’il en est dans laquelle il y a forcément un peu de toi, de toi ou de toi.

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Love : Bande-annonce

Synopsis : À Los Angeles, deux trentenaires, Gus, professeur particulier sur le tournage d’une série télévisée et Mickey, programmatrice dans une radio par satellite, ressortent chacun d’une relation difficile. Leur rencontre va être mouvementée.

Love : Saison 2 : Fiche technique

Créateurs : Judd Apatow, Paul Rust et Lesley Arfin
Réalisateur : Dean Holland (1-2-9-10), Maggie Carey (3-4), Lynn Shelton (5-8), John Slattery (6), Ben Forrester (7), Joe Swanberg (11-12)
Distribution : Gillian Jacobs (Mickey), Paul Rust (Gus), Claudia O’Doherty (Bertie),…
Production : Apatow Productions / Legendary Television
Format : 30 minutes
Nombre d’épisodes : 12
Chaînes d’origine : Netflix
Nationalité : Américaine
Genre : Comédie, Drame, Romance
Premier épisode : 19 février 2016

États-Unis – 2015

Love, une série créée par Judd Apatow, Paul Rust et Lesley Arfin : Critique Saison 2
4.0Note Finale
Note des lecteurs: (2 Votes)

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