Gomorra, saison 1 : Chronique acérée de la guerre des clans napolitains
4.5Note Finale
Note des lecteurs: (2 Votes)

A l’heure où Narcos et El Chapo cartonnent sur Netflix et après les programmes phares comme The Wire et Les Soprano, une série européenne a récemment fait basculer les codes du genre de la série policière. Le phénomène Gomorra, saison 1 dépoussière les grandes figures de la mafia et du crime organisé en embarquant les téléspectateurs dans une immersion brute au cœur des zones sensibles de Naples, territoire de prédilection de la Camorra. Stefano Sollima, Claudio Cupellini et Francesca Comencini adaptent avec maestria l’enquête édifiante de Roberto Saviano. Ces douze épisodes, à l’odeur de soufre, posent les jalons d’une série culte.

Synopsis : En Italie, la famille Savastano, dirigée par l’impitoyable Don Pietro, domine la mafia napolitaine. En concurrence avec un autre clan de la Camorra et confronté à une nouvelle génération décidée à prendre de l’importance sans respecter les codes, Don Pietro doit penser à préparer sa succession. Mais Genny, son fils, est loin d’avoir la maturité pour lui succéder. Ciro Di Marzio, bras droit loyal de Don Pietro, homme de main efficace et mentor de Genny, devra user de malice, de courage et d’influence pour défendre les intérêts de son chef.

Cette critique contient des révélations sur la saison 1. ATTENTION AUX SPOILERS.

Là où le film exposait des tranches de vie qui se finissaient rapidement dans un bain de sang, la série permet de raconter l’affrontement de clans à travers des personnages charismatiques. Le format de plusieurs saisons de douze épisodes ainsi que le scénario, ponctué de nombreux rebondissements diaboliques, vont tenir les téléspectateurs en haleine. La succession d’épisodes permet de découvrir l’envers du décor des quartiers populaires de Naples, gangrenés par le Système et la guerre des clans. Les quartiers de Secondigliano et de Scampia avec leurs tours fascinantes en forme de voile et de paquebot n’auront plus de secrets pour vous après le visionnage de la série Gomorra.

Cette volonté de coller au plus près de la réalité et des pratiques de la Mafia était déjà visible et de manière quasi documentaire dans le film de Matteo Garrone en 2008, adapté du livre de Roberto Saviano. Le spectre très diversifié des activités criminelles de la Camorra est abordé au travers des douze épisodes. La démonstration édifiante et la leçon de cinéma de Matteo Garrone s’attardaient à la contrefaçon dans les ateliers textiles clandestins, le recyclage des déchets toxiques ou bien encore l’usure, les scénaristes de la série sont allés encore plus loin. La très grande diversité des activités criminelles de la Camorra est abordée froidement et sans aucun tabou : le trafic de drogue, les assassinats, le contrôle des territoires et des places de deals, les jeux dangereux de la Camorra dans la politique locale ou lors des élections, ses acquisitions et ses investissements démesurés dans l’immobilier (l’épisode fascinant à Milan avec Genny et sa mère, Donna Imma, qui découvrent l’ampleur de l’empire immobilier qu’ils détiennent). De rares activités criminelles semblent échapper à la Camorra au regard de l’intrigue. Les prises d’otages, les paris illégaux ou bien encore la prostitution n’ont pas été abordés par les scénaristes.

Le Trône de Fer… à Naples !

Les douze épisodes dévoilent ainsi l’apprentissage de la vie à travers le prisme des plus grandes familles camorristes. Deux factions majeures s’affrontent dans la série Gomorra : le clan Savastano et le clan Conte.

Pietro Savastano, Don Pietro, est le puissant leader du clan le plus redouté en Campanie. Don Pietro est le « big boss » de la mafia. Il officie en tant que parrain depuis une vingtaine d’années à Naples. Il se prépare à laisser le champ libre peu à peu à son fils Genny, qui ne semble pourtant pas prêt à reprendre le flambeau. Genny répond en effet plus au profil d’un fiston choyé par sa maman qu’à un intraitable chef de clan susceptible de faire peur à sa propre ombre. Tel le Bouddha, Genny va devoir sortir de sa tour d’ivoire afin d’apprendre sur le terrain les ficelles de la Camorra et les codes de la rue. Don Pietro décide de confier l’apprentissage de l’école du crime à son plus fidèle porte-flingue, à l’écorché vif Ciro Di Marzio, l’un des personnages les plus emblématiques de la série. Ce rôle est interprété magistralement par le comédien Marco D’Amore, récemment vu avec un look improbable de rasta à l’affiche de Ugly Dirty People (Brutti e Cattivi), un polar déjanté signé Cosimo Gomez, présenté à l’Etrange Festival 2017. Ciro perd son père spirituel dans un règlement de compte qui tourne mal au début de la saison 1. Le personnage de Ciro, véritable homme à tout faire et larbin du clan Savstano, aura alors très vite des velléités de changement. Ciro, à la manière de Jean Le Baptiste, aura la lourde tâche d’accomplir la « cérémonie » du premier sang de Genny, le Fils prodigue du clan Savastano. Il devra l’aider à accomplir son premier homicide afin de devenir un homme, de connaître le poids d’une vie humaine et pour accéder ainsi au statut du véritable camorriste.

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A force de le rabaisser plus bas que terre et de lui confier des missions impossibles qui vont contribuer à lui donner un surnom qui impose le respect dans le milieu, Ciro Di Marzio va tout faire pour tirer les ficelles d’un plan machiavélique. Ciro est un bon petit soldat, une véritable tête brulée de la Camorra. Il rêve de gloire et de bâtir un empire pour lui, son épouse, sa fille et son frère d’arme, Rosario (interprété par Lino Musella).

Ciro Di Marzio… Ciro L’Immortel !

J’ai toujours entendu les affiliés au Système se faire appeler par leur surnom, au point que nom et prénom finissent souvent par s’effacer, par disparaître. On ne choisit pas son surnom, c’est le produit de circonstances particulières, repris ensuite par quelqu’un. Dans la camorra, les surnoms sont donc le fruit du hasard. […] Le surnom est au parrain ce que les stigmates sont au saint : un signe d’appartenance, en l’occurrence au Système. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.92)

Ciro finira par se brûler les ailes. Il éprouve en réalité une haine sourde pour le clan Savastano. Ciro pourrait être tenté de se comporter en Judas. Ciro Di Marzio, malgré son physique d’ange, est l’un des personnages les plus terrifiants et les plus surprenants de la série. Sa pulsion de mort lui permet paradoxalement de garder toute sa santé mentale et son équilibre sur le fil de la vie du camorriste le plus incendiaire du clan Savastano, un véritable chien fou prêt à tout pour parvenir à ses fins.

Tel père, tel fils ?

La partition de Marco Palvetti est exceptionnelle sous les traits du boss intraitable, taiseux et bougon de la Camorra. Le personnage de Don Pietro entre ainsi au panthéon des plus grands mafieux dans une œuvre de fiction pour les besoins du cinéma ou de la télévision à la manière de James Gandolfini pour Les Soprano ou bien encore de Marlon Brando en Vito Corleone dans Le Parrain. La série se permet même le luxe avec le personnage de Don Pietro de s’attaquer avec malice, succès et moults twists à la thématique pourtant très casse-gueule des prisons et de l’enfer carcéral. Des exemples similaires et aussi brillants sont nombreux comme dans Braquo, The Night Of ou Un Prophète. Les Savastano vivent dans une propriété luxueuse à l’esthétique rococo démesurée, à quelques mètres des tours emblématiques de Secondigliano et de Scampia. Cette demeure a d’ailleurs été perquisitionnée dans le cadre d’une enquête après le tournage, dans la vraie vie, comme le précise le générique de fin de la série.

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La Mafia ? Une affaire de femmes !

La femme de Don Pietro est l’une des figures marquantes de la série également. Elle ne reste pas dans l’ombre du puissant leader à la main de fer du clan Savastano. Les décisions de Donna Imma seront lourdes de conséquences dans la saison 1. Elle va jouer un jeu stratégique et politique assez habile pour l’avenir du clan. Donna Imma permettra notamment à son fils de passer définitivement à l’âge adulte en lui confiant une mission suicide : aller négocier dans un contexte très défavorable un deal de drogue avec les cartels depuis l’Amérique Centrale. Le rôle de la mère de Genny permet à la série de disposer d’un important et très beau rôle de femme. Dans ce monde très fermé et très machiste de la criminalité et de la mafia, la Camorra est réputée pour laisser une place de choix aux femmes lorsque les circonstances l’imposent.

gomorra-la-serie-saison-1donna-imma-maria-pia-calzone-don-pietro-savastano-fortunato-cerlinoLe terrible constat des effets désastreux de l’enfermement de son mari vont pousser Donna Imma à assumer son rôle de dirigeante de l’institution face à un fils encore capricieux et immature. Donna Imma désapprouve l’influence de Ciro sur son fils et ses choix. La femme de Don Pietro jouera avec le feu avec le personnage de Ciro Di Marzio. Les vagues d’humiliation et la succession de missions périlleuses vont insuffler chez ce porte-flingue fidèle des désirs de vengeance, des accès de colère incontrôlés et des déferlements de violence insensés. Donna Imma saura également se montrer ferme et impitoyable face à l’homme de paille du clan, Franco Musi, responsable d’une erreur financière monumentale. Donna Imma tient également à contrôler les fréquentations de son fils et ne voit pas d’un bon œil notamment sa nouvelle petite amie. A force de vouloir briser Ciro et de tirer les ficelles, Donna Imma pourrait bien être dépassée par les événements. La femme à la tête du clan Savastano va malheureusement exacerber les tensions dans la saison 2 entre Genny, Don Pietro et Ciro. La comédienne Maria Pia Calzone marquera les téléspectateurs par son interprétation fascinante d’une véritable lionne dans cet univers impitoyable.

Le feu nucléaire s’abat sur Naples en pleine guerre des clans

Le clan Savastano mène une croisade impitoyable contre le clan de Salvatore Conte (prestation dantesque et savoureuse du comédien Marco Palvetti). La séquence d’ouverture de la série avec l’incendie de l’appartement sera la déclaration de guerre entre les deux factions du Système.

Ce personnage permet de dévoiler l’étendue des ramifications et du pouvoir de la Camorra bien au-delà des frontières de la baie de Naples. Conte est effectivement un mafieux napolitain de sang mais qui s’est exilé pour exercer ses activités criminelles. Il est notamment à la tête d’une boîte de nuit à Barcelone. Il est surtout responsable en sous-main de l’importation de la drogue la plus pure en provenance d’Amérique Centrale avant de parachever son acheminement pour le compte de la Camorra et d’inonder ainsi le marché italien à travers la place forte de Naples. Les discours de Conte, son côté intraitable en affaires, son catogan et sa passion pour les cigarettes électroniques participent beaucoup au charisme et à la crédibilité du personnage qui tient un peu le rôle de « bad guy ». Il va mener la vie dure au clan Savastano. Il mettra notamment les nerfs de Ciro Di Marzio à rude épreuve (la scène inoubliable du bateau, les négociations dignes de Voyage au Bout de l’enfer avec les Russes) avant de tenter de se servir de lui comme d’un bras armé dans ses projets d’éradication de la famille Savastano.

Le casting de la série est très réussi. Les « seconds couteaux » de l’organisation criminelle, des jeunes pour la plupart, sont très crédibles. Les « tontons flingueurs » du clan Savastano, les mafieux les plus âgés, sont également très attachants et crédibles grâce à l’interprétation au cordeau des acteurs. Une partie des figurants et des jeunes sont des comédiens amateurs et des habitants de Naples tout simplement. Le tour de force de la série consiste à rendre «  attachant » des anti-héros, qui ont du sang sur les mains, le sang des innocents. Tout le mérite revient au talent des acteurs qui interprètent avec maestria des petites frappes souvent aux abois,  de simples jouets entre les mains de Don Pietro et de Salvatore Conte.

Une guerre générationnelle entre les anciens du clan Savastano et les jeunes loups, proches de Genny, va plonger les rues de Naples dans L’Enfer de Dante. Une rebellion se met en place à la fin de la saison 1 entre les jeunes du clan Savastano et les mafieux plus âgés. En l’absence de Don Pietro et face à la menace du retour de Conte, le clan est tiraillé. Le code d’honneur des anciens est bafoué par la jeunesse qui ne respecte plus rien. Les mafieux les plus âgés du clan vont alors être tentés de trahir Don Pietro et de rejoindre Conte. Le final de la saison 1 se termine en apothéose digne d’un western moderne.

Y a-t-il un policier dans la salle ?

Les atouts majeurs de la série Gomorra reposent principalement sur son réalisme et sur l’absence de manichéisme. A la différence des séries américaines de qualité dans des univers criminels qui donnent la part belle à des rôles de flics inoubliables, les personnages de Gomorra sont tous impliqués dans le crime organisé. La police est reléguée à une institution secondaire aux pouvoirs limités. Les forces de l’ordre semblent totalement impuissantes pour endiguer l’influence de la Camorra. Même lorsque les chefs et les pontes des clans sont arrêtés et plongent pour une banalité lors d’un contrôle routier ou d’une saisie, une nouvelle tête apparaît dans l’organigramme du Système à la manière de l’hydre de Lerne.

La police n’est présente qu’en toile de fond. Les forces de l’ordre dans la série Gomorra sont un peu comme la machine infernale dans les tragédies grecques, des forces désincarnées venues briser le destin d’ascension des mafieux aux ambitions chevillées au corps. Les scénaristes n’ont pas souhaité confier de rôles majeurs à des inspecteurs ou à des policiers. Les amateurs de séries policières pourraient donc être surpris par cette impasse de taille dans Gomorra. La fameuse phrase « Mais que fait la police ? » pourra effectivement résonner dans la tête des spectateurs comme elle doit malheureusement traverser l’esprit de nombreux napolitains désemparés face à la violence et aux agissements de la Camorra.

Un réalisme brut

Les scènes d’action sont particulièrement réussies et intenses (la fusillade dans le bar dans les premiers épisodes, le premier assassinat de Genny, le crime atroce contre la communauté noire, l’affrontement générationnel à la fin de la saison 1). La mise en scène de ces séquences reste sobre. Il n’y a pas eu de volonté de transformer Gomorra en une guerre des gangs surréalistes avec des chutes à l’italienne dignes des westerns spaghetti, des litres de sang à la Tarantino ou des ‘bullet time’ et des ralentis à la manière du maître du polar hong-kongais, John Woo. Ces séquences d’action épurées, froides et brutales sont d’une efficacité redoutable tout au long de la série.

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L’aspect réaliste du programme et la qualité exceptionnelle de la mise en scène sont illustrées à merveille dans le cadre des épisodes sur les places de deals dans les tours et sur les toits des immeubles des zones sensibles. L’enfermement et la sensation d’étouffement des personnages impliqués dans cette dérive criminelle est d’autant plus renforcée par le cadre et l’environnement. L’architecture de Naples et les décors de Gomorra constituent presque un personnage à part entière et magnifient véritablement la série. L’essentiel du tournage s’est déroulé dans les quartiers de Scampia et de Secondigliano, au nord de Naples, avec leurs grands ensembles de béton. Ces deux quartiers, défavorisés et frappés par un taux de chômage endémique, sont les principaux fiefs de la Camorra. L’immeuble dans lequel ont été tournées les séquences de la maison des Savastano a d’ailleurs fait l’objet d’une saisie judiciaire à cause des délits de l’organisation mafieuse.

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Un scénario diabolique

La qualité de la série tient également grâce à l’évolution et aux bouleversements profonds que vont traverser les personnages. Le contexte dans lequel ils sont plongés et les tragédies auxquelles ils seront confrontées vont peu à peu forger leur caractère et permettre aux téléspectateurs de découvrir des facettes insoupçonnées et les ressources de chacun des personnages. Ces spécificités apportent ainsi un nouveau souffle au programme et dynamitent l’intrigue à de multiples reprises. La série Gomorra comporte des éléments fascinants sur l’aspect sacrificiel de la destinée et de la trajectoire des personnages.

Là où le film de Matteo Garrone adaptait avec maestria des pans entiers du livre, la série réutilise des situations et des allusions clés directement inspirées du travail d’enquête mené par Roberto Saviano à Naples et relatés dans ses écrits en 2006. Certaines scènes de la série sont des transpositions très fidèles du constat amer de Roberto Saviano sur le terrain. Parmi les exemples les plus marquants dans la saison 1 concernant les transpositions directes entre le livre et la série, la séquence de l’enterrement avec le curé rouge, qui a le courage de dénoncer dans son homélie les dérives mafieuses, est très marquante. Le lourd tribut payé par cette jeunesse sacrifiée sur l’autel du crime ainsi que les actes de tortures atroces pour envoyer un signal ou obtenir des renseignements sont des aspects également directement évoqués dans le livre. Ces pratiques révoltantes prennent une tournure malsaine et macabre à la fin de la saison 1. Les épisodes de la série Gomorra parviennent à égaler le tour de force du film de Matteo Garrone concernant le triste sort de la jeunesse napolitaine, livrée aux tentacules de la « pieuvre », qui cède à l’emprise de la mafia.

Une série sociale et critique

La télévision était la meilleure façon de suivre le déroulement de la guerre en temps réel, sans devoir passer de coups de téléphone compromettants. De ce point de vue, l’attention que les médias accordaient à Scampia alimentait les stratégies de combat. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.165)

« The Revolution Will Not Be Televised » chantait pourtant Gil Scott-Heron. La saison 1 de Gomorra s’attaque donc à la télévision et à son voyeurisme. La série porte un regard critique sur le rôle des médias et des chaînes d’information en Italie vis-à-vis du traitement médiatique des agissements de la Camorra. Les assassinats et les activités liées au trafic de drogue apparaissent souvent dans des reportages à la télévision dans le cadre de la sacro-sainte course à l’audimat. Les malfrats et les camorristes eux-mêmes sont littéralement biberonnés, drogués et attirés par ces images de tragédies et de crimes dans de nombreux épisodes. La série dénonce ainsi le rôle des médias, leur manque d’éthique et les conséquences négatives à terme sur l’image de la ville de Naples et des quartiers  sensibles.

La série interroge également sur les frontières poreuses en Europe lorsque Salvatore Conte revient à Naples avec un faux passeport. Il traverse l’Espagne, la France et l’Italie sans encombre malgré un contrôle routier effectué par notre Gendarmerie nationale sur la Côte d’Azur lors d’une scène savoureuse.

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Une ambiance sonore unique

La bande-son exceptionnelle de la série constitue un autre atout majeur de Gomorra. La musique originale de Mokadelic et les thèmes principaux en fond sonore sont d’une justesse fascinante. L’atmosphère musicale renforce la dureté, l’aspect tragique et évoque malheureusement la chape de plomb qui fait partie du quotidien des camorristes et des habitants des quartiers défavorisés de Naples.

Même si certains titres de musique électronique sont joués lors de scènes dans des boîtes de nuit ou si certains jeunes napolitains écoutent des ballades italiennes dans quelques épisodes, la série baigne principalement dans une influence musicale issue de la culture hip-hop napolitaine avec plusieurs titres de rap en italien, tous plus exceptionnels les uns que les autres. Même les personnes les plus réfractaires au genre pourraient se laisser séduire tant ces titres collent parfaitement à l’esthétique de la série et à l’environnement dépeint.

La série connait effectivement un véritable succès auprès des fans de hip hop et dans les quartiers populaires du monde entier. A la manière de La Haine de Mathieu Kassovitz ou de La Cité de Dieu, la série Gomorra se focalise sur la dure réalité suffocante des zones sensibles de Naples sous l’emprise de la Mafia. Le quotidien des camorristes, leurs codes, la vie de caïds qui se brûlent les ailes constituent une tragédie des temps modernes qui peut fasciner une partie de la jeunesse ébahie devant Scarface.

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Gomorra ne cherche pas pour autant à glorifier la violence ou ses personnages de malfrats. L’argent ne coule pas à flot. Les chances de sortir de son milieu social et de quitter Naples sont maigres. Les filles en bikini sont plutôt dans les clips de rap qu’aux pieds des tours de Scampia et de Secondigliano. La mort est souvent au rendez-vous. Lorsque la guerre est déclarée, les codes d’honneur semblent être définitivement oubliés. La vie des principaux protagonistes ne tient alors plus qu’à un fil. De nombreux personnages sont ainsi abattus froidement. La saison 2 sera d’ailleurs le cadre d’actes particulièrement violents et clivants.

La série Gomorra est totalement sans filtre comme le démontrent certaines séquences dans la saison 1 comme l’attitude du personnage de Ciro Di Marzio dans le terrible final. Il remuera ciel et terre afin de retrouver la trace de son jeune protégé, Danielino, quitte à recourir à l’intimidation, la violence et la torture. Les tensions communautaires et le racisme de certains truands sont également clairement abordés d’ailleurs à travers la séquence qui fait froid dans le dos lors de la fusillade dans le quartier où réside une forte proportion d’immigrés originaires d’Afrique noire.

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Il est vivement recommandé de visionner la série en version originale. Même si la langue de Dante et le patois napolitain vous sembleront étrangers, les échanges musclés en Italien de la série Gomorra constituent un véritable atout.

Un des rares points faibles de la série concerne l’absence d’un générique principal digne de ce nom. Les lettres de la série Gomorra, qui se dessinent sur une plaque rouillée, et l’absence d’une musique phare dénotent un peu. Cette absence criante de générique au début de chaque épisode aura au moins le mérite de ne pas perturber les amateurs de binge watching, qui pourront ainsi enchaîner les douze épisodes sans recourir à la fonction avance-rapide sur leur télécommande. Le titre emblématique du programme, signé NTO’ et Lucariello (Nuje Vulimme ‘na Speranza) intervient en réalité au moment du générique de fin de chaque épisode, qui est ponctué d’ailleurs d’instantanés de l’épisode suivant. Ce détail risque d’ailleurs d’irriter les personnes qui cherchent à éviter les spoilers à tout prix.

Stefano Sollima (la série Romanzo Criminale, ACAB, Suburra) a réalisé les épisodes 1, 2, 3, 4, 6, 11 et 12. Francesca Comencini (Une journée à Rome, La lumière du lac, Pianoforte, A Casa Nostra) était derrière la caméra pour les épisodes 5 et 7. Claudio Cupellini (Une vie tranquille, Alaska) a repris la casquette de réalisateur pour les épisodes 8, 9 et 10.

Hollywood tremble devant Gomorra

La série rivalise avec les grosses productions américaines. Gomorra est notamment parvenue à réaliser de meilleures audiences en Italie que Game of Thrones. Gomorra est un peu l’anti Breaking Bad. La série italienne délivre en effet une véritable approche quasi sociologique du trafic de drogue et des places de deals à Naples dans de très nombreux épisodes, là où son modèle américain se cantonnait uniquement au parcours fou des personnages emblématiques (Pinkman et Heisenberg) face aux cartels de Tuco et Gustavo Fring. La réalité concrète du trafic à Naples, la transformation des quartiers, les files d’attente des « clients » en manque ou bien encore le travail des guetteurs sont dévoilés de manière brute avec un souci de réalisme constant. Gomorra met en place une analyse en profondeur (économique, politique et sociologique) qui fait mouche. La série s’attache à démontrer la vision capitaliste des truands de Scampia et de Secondigliano.

La saison 1 de Gomorra est une totale réussite. Les téléspectateurs sont tenus en haleine tout au long des douze épisodes sans aucun temps mort. Cette série sans concession et très réaliste sur l’emprise de la Camorra à Naples est une production européenne de grande qualité à découvrir de toute urgence si ce n’est pas déjà fait. Gomorra est un véritable coup de maître. Ce programme dévoile l’envers du décor sur la vie dans les quartiers sensibles de Naples. Les personnages charismatiques de la série hantent littéralement les téléspectateurs par leur présence et leur magnétisme. Gomorra est rapidement devenue une nouvelle référence du genre dans la catégorie série policière. Le programme a gagné le statut de série culte depuis sa diffusion en Italie, puis sur Canal + et Arte en France.

Gomorra – Saison 1 : Bande Annonce

Gomorra – Saison 1 : Fiche Technique

Genre : Drame, Série policière
Réalisation : Stefano Sollima (7 épisodes), Claudio Cupellini (3 épisodes), Francesca Comencini (2 épisodes)
Assistant réalisateur : Enrico Rosati
Histoire et Scénario : Leonardo Fasoli
Directeur d’écriture : Stefano Bises
D’après le livre et une idée originale de Roberto Saviano
Interprétation : Marco d’Amore (Ciro Di Marzio), Fortunato Cerlino (Don Pietro Savastano), Maria Pia Calzone (Donna Imma), Salvatore Esposito (Genny Savastano), Marco Palvetti (Salavatore Conte), Domenico Balsamo (Massimo), Massimiliano Rossi (Zecchinetta), Elena Starace (Noemi), Antonio Milo (Attilio O’trovatello), Carmine Battaglia (Pino), Christian Giroso (O’Cardillo), Giovanni Buselli (Capaebomba), Carmine Monaco (O’Track), Alessio Gallo (Tonino Spiderman), Emanuele Vicorito (O’Pop), Fabio De Caro (Malammore), Pina Turco (Debora Di Marzio), Claudia Veneziano (Maria Rita Di Marzio), Gaetano Di Vaio (Baroncino), Giovanni Allocca (Zingaro), Ivan Boragine (Michele Casillo), Oscar Di Maio (Fabbretti), Walter Lippa (Pisciavindola), Lino Musella (Rosario), Alfonso Postiglione (Fringuello), Salvatore Presutto (Mino Migliavacca), Vincenzo Esposito (Danielino), Denise Perna (Manu), Antonio Orefice (Bruno), Sidy Diop (Tokumbo), Susy Benedetto (Marta), Antonio Zavatteri (Franco Musi)
Distribution des rôles : Laura Muccino
Développement de la série : Giovanni Bianconi, Stefano Bises, Leonardo Fasoli, Ludovica Rampoldi, Roberto Saviano
Directeur artistique : Stefano Sollima
Directeur de la photographie : Paolo Carnera
Producteurs : Riccardo Tozzi, Gina Gardini, Andrea Salerno, Giovani Stabilini, Marco Chimenz
Producteur exécutif : Matteo de Laurentis
Producteur associé : Maurizio Tini
Sociétés de production : Sky Atlantic, Fandango, Cattleya, Beta
Montage : Patrizio Marone, Andrea Prosperi
Coordination des cascades : Alessandro Borgese
Coordination des effets spéciaux : Luca Ricci
Son : Maricetta Lombardo
Ingénieur du son : David D’Onofrio, Luca Novelli
Décors : Paki Meduri
Costumes : Veronica Fragola
Musique originale : Mokadelic
Pays d’origine : Italie
Chaîne d’origine : Sky Atlantic
Chaînes de diffusion en France : Canal +, Arte
Nb. De saisons : 4
Nb. D’épisodes par saison : 12
Format : 45-50 mn
Année de production : 2014

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