Critique saison 1 : Gypsy, une série créée par Lisa Rubin
4.0Note Finale

Gypsy est la nouvelle série troublante de Netflix. Avec Naomi Watts en thérapeute au double visage en premier plan, Lisa Rubin assure dix épisodes passionnants qui entraînent le spectateur dans des aventures complexes et torturées.

Synopsis : Naomi Watts incarne Jean Halloway, une thérapeute new-yorkaise à qui le code déontologique a échappé puisqu’elle va à la rencontre des proches de ses patients et manipulent leurs vies.

Bourbon et introspection

Il est rapidement question d’identité dans Gypsy. À travers le personnage central tout d’abord, puisque Jean se fait appeler Diane Hart auprès de ceux qu’elle rencontre grâce à ses patients, mais aussi par le personnage qui joue sa fille. Plus à l’aise avec l’idée d’être un petit garçon, elle fait tout pour faire comprendre à ses parents qu’elle aimerait en être un. Cela passe par les activités et l’envie de se couper les cheveux ; idées que Jean a d’ailleurs du mal à accepter. Intéressant alors de voir comment une psychologue qui connaît l’importance de l’identité et du genre, va gérer cela alors qu’elle vit elle même avec des tourments identitaires, bien que différents. Le parallèle de ces deux personnages est passionnant à analyser si l’on s’attarde sur le point de vue psychologique que cela peut renfermer. La série passe plutôt en vitesse sur ses aspects qui relèvent de la psychanalyse et choisit un traitement de surface là où les dialogues pourraient être intenses et bousculer le psyché du spectateur. Tout est une question d’équilibre et si certains moments mériteraient d’être plus approfondis, d’autres satisferont largement les esprits torturés qui se réjouiront d’avoir la porte gypsy-naomi-wattsouverte à toute interprétation lorsque l’on plonge dans les sentiments et les pensées les plus intimes de Jean. Gypsy sort du système classique des séries et propose une immersion profonde dans l’esprit de l’héroïne.

Le milieu de la saison devient plus intéressant et moins lent que le début, l’attachement aux personnages donne au public l’impression d’avancer avec Jean dans sa propre vie et la peur qu’elle se fasse découvrir s’installe. Au même rythme que le cœur s’accélère, la pression psychologique qu’exerce l’héroïne sur ses patients se ressent à travers l’écran. De manière détournée et malsaine, elle contrôle leurs esprits en amenant leurs sentiments là où elle souhaite. Jean dirige leur vie et oublie toute morale et toute bienveillance en ayant pour seul but de préserver son petit jeu de double identité et de ne surtout pas être découverte car elle risquerait de tout perdre. Mais il semble qu’elle se perde très vite elle-même dans cette aventure complexe et imprévisible remplie de mensonges. L’obsession destructrice qu’elle subit face à Sidney, l’ex de l’un de ses patients, cause la perte de sa propre identité et fait ressortir le pire de sa personnalité. Manipulation, perversité, tout se mélange de manière négative et angoissante. Jean/Diane erre dans ses propres pensées ; l’excès de rêverie et de fantasme la fait sombrer dans une déraison étouffante dont elle ne parvient pas à sortir. Naomi Watts transmet ce trop-plein d’angoisse et de délire à travers un jeu incroyable en solitaire. Sa perversité narcissique est renversante.

On notera également l’intelligence de la créatrice qui rappelle habilement qu’une mère de famille ayant un mari et un enfant et qui semble tout avoir pour elle, peut avoir besoin d’un peu de folie et d’exotisme. Alors, même si le goût de l’héroïne pour la morale et l’éthique est totalement absent, on apprécie de voir le point de vue d’une femme au premier plan.

Entre rêve et réalité

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Parvenir à entraîner le spectateur dans des moments d’introspection aussi intenses se rapproche presque de l’envoûtement ou de l’hypnose. Mots qui s’accordent très bien avec l’ambiance assez planante qui règne sur la série. À la fois captivant et haletant, le rythme des épisodes ferait presque émaner les effluves de parfum de l’écran. Grâce à l’évocation et au désir suggérés sans cesse dans les regards ou les respirations, un érotisme fou se dégage des personnages. Les acteurs rendent leurs pensées transparentes et pourtant inatteignables. Les silences ont, comme souvent, toute leur importance, et la réalisatrice de 50 shades of Grey les sublime encore une fois. Gypsy révèle une tension psychologique et sexuelle permanente. Le sentiment d’être en dehors de la réalité est récurrent, c’est là la grande réussite de la série. Les liens et les relations entre les personnages enivrent les spectateurs. Les lois de l’attraction s’animent pour provoquer l’ivresse du désir, l’euphorie de se voir dans l’autre. L’intimité est capturée par la caméra grâce à des gros plans qui filment toujours l’extase avec délicatesse.

Avec une fin aux airs de thriller psychologique et un discours très juste sur le harcèlement résumant à la perfection ce que peut ressentir l’héroïne, Gypsy frappe fort les esprits pour cette première saison avec en plus : deux sourires de fin qui en disent long sur ce qui nous attend, et surtout qui nous donnent envie de vite découvrir la suite des aventures de Jean.

Gypsy : Bande Annonce

Gypsy : Fiche Technique

Crée par : Lisa Rubin
Distribution : Naomi Watts, Billy Crudup, Sophie Cookson, Lucy Boynton, Melanie Liburd
Réalisation : Sam Taylor-Jackson
Scénario : Lisa Rubin
Producteurs : Rudd Simons, Brad Carpenter
Sociétés de production : Universal Television, Working Title Television
Format : 52 minutes
Nombre d’épisodes : 10
Diffusée sur : Netflix
Genre : drame, thriller

Premier épisode : 30 juin 2017

  Naomi Watts, incandescente dans la série Gypsy !

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