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Sans un bruit de John Krasinski, le silence est d'or
3.5Note Finale
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Véritable succès public aux États-Unis, Sans un bruit semble bien parti pour être la sensation horrifique de cet été aux côtés de Hérédité. Un film qui bénéficie avant tout d’un concept particulièrement efficace.

Quoi ? Un film d’horreur réalisé par Jim de The Office ? En voilà une idée saugrenue ! Enfin, pas tellement quand on voit le succès critique de Get Out l’an dernier dont le réalisateur est Jordan Peele, connu pour le duo humoristique Key & Peele. Cependant, au contraire de Jordan Peele, John Krasinski n’en est pas à son coup d’essai derrière la caméra. Pour son troisième film, il se permet d’ailleurs de porter la triple casquette acteur/scénariste/réalisateur, tout en offrant à sa femme Emily Blunt, le rôle principal féminin à ses côtés. Mais surtout, John Krasinski est assez malin pour savoir que pour se démarquer dans le paysage horrifique aujourd’hui, mieux vaut venir avec un concept original.

sans-un-bruit-john-krasinski-emily-blunt-milicent-simmondsÉvidemment, ce qui a permis à Sans un bruit de faire son petit effet outre-atlantique, c’est son côté film « high-concept ». Un concept super simple, mais diablement efficace et qui colle à la perfection avec le genre de l’épouvante. Comme le titre l’indique, Sans un bruit met en scène une sorte de monde post-apocalyptique ambiance La Route où l’humanité a été ravagée par des créatures aliens ayant la particularité d’être aveugles et de ne réagir qu’aux sons. Résultat : pour survivre, mieux vaut se taire. Ce concept est exposé de manière frontale à l’aide d’un prologue qui s’impose très vite comme la meilleure séquence du film. Un supermarché déserté, une famille marchant pieds nus faisant le plein de provisions, et le petit dernier qui met la main sur un petit jouet à pile. Heureusement, le père arrive à temps pour confisquer le jouet et enlever les batteries. La grande sœur sourde, en voyant la petite bouille triste de son frère, lui rend le jouet. Ce petit filou en profite pour récupérer les piles en cachette. Alors que la famille avance sur un pont perdu en pleine forêt, un bruit électronique retentit. La suite vous frappe de plein fouet et annonce directement le ton alors que l’écran titre apparaît.

Bien que le scénario soit au final assez classique, tombant parfois dans des écueils dommageables et des incohérences (qui laisse un clou comme ça dépasser de son escalier ?), le concept du film suffit à rendre le déroulé prenant. Retranchée dans une maison à côté d’un champ de maïs (Coucou Signes), la famille tente de survivre en insonorisant la baraque (parce que madame est enceinte ! Quelle idée de faire un mioche qui braille alors qu’on évite justement le moindre bruit), ou en récoltant des informations sur une quelconque faiblesse de ces étranges créatures. On se doute bien que les Abbott ne vont pas très longtemps jouer à la petite maison dans la prairie et que la menace va très vite repointer le bout de son nez. C’est là que le principe du film s’avère excellent pour instaurer la tension. Jamais à l’abri du moindre bruit, les précautions prises par la famille sont nombreuses mais jamais infaillibles.

Le lot de suspense de Sans un bruit est ainsi amené par le son et la manière dont Krasinski l’utilise. Jouant au maximum la carte du muet à l’aide de dialogues à peine murmurés ou du langage des signes (notamment à l’aide de la jeune Millicent Simmonds, déjà vue dans Le Musée des Merveilles), le moindre son inattendu fait monter l’adrénaline. Forcément avec ce genre de concept, les jump-scares sonores prennent une place importante. Krasinski a pourtant l’intelligence de les utiliser avec parcimonie et de ne pas en abuser de manière gratuite. L’idée d’un personnage sourd apporte lui aussi son lot de variations autour du son. Le réalisateur en profite pour mettre à plusieurs reprises le spectateur à la place de Regan Abbott en ne lui faisant entendre absolument rien. C’est justement à certains de ces moments, que Krasinski arrive à rehausser l’angoisse. Alors qu’aucun son n’émane de la salle, l’arrivée en arrière-plan d’une créature devient encore plus terrifiante. Malgré tous ces dispositifs mis en place par le cinéaste, un point noir assez important vient obscurcir l’ensemble. Bien qu’elle soit efficace et collant à merveille avec l’ambiance anxiogène, la partition de Marco Beltrami semble très souvent anéantir complètement le concept, noyant une grande partie des morceaux de bravoure sous des couches de musiques inquiétantes. Un peu dommage, car on oublie à ces moments l’importance du silence dans la survie de la famille Abbott.

sans-un-bruit-john-krasinskiEn plus de cette utilisation maligne du son, Sans un bruit bénéficie d’une mise en scène jouant souvent avec les hors-champs et la profondeur du cadre. Au final, peu de sang dans ce film, les massacres par les créatures se faisant quasiment uniquement en dehors du cadre, laissant les cris résonner devant des visages terrifiés. Cependant, Krasinski n’est pas avare en ce qui concerne ses créatures, qui pointent à de nombreuses reprises leur sale trogne devant l’objectif. Des monstres bénéficiant par ailleurs d’un design des plus convaincants, dont le cri frissonnant retentit comme un appel funèbre.

Sans un bruit n’est cependant pas uniquement un film d’horreur, c’est également une œuvre sachant jouer de manière percutante avec l’émotion. Le choix des protagonistes n’est d’ailleurs pas anodin et permet au réalisateur de développer la force du noyau familial au travers des Abbott. À ce niveau, Krasinski lorgne du côté de Spielberg et de sa Guerre des Mondes ou encore une fois de Shyamalan et Signes. Bien que nous ne sachions pas grand chose de la famille, leur nom n’est d’ailleurs jamais prononcé, la cohésion familiale se fait très vite présente et l’empathie avec.  Succombant parfois au pathos, le film sait toutefois doser l’émotion qu’il suscite. Sans un bruit devient alors un film sur l’unité de la famille, sur cette dimension protectrice qui émane d’elle, n’hésitant pas à aller jusqu’au sacrifice.  Sans un bruit s’avère être un thriller horrifique à la dimension humaine prégnante.

Sans un bruit : Bande-annonce

Sans un bruit : Fiche Technique

Réalisateur : John Krasinski
Scénario : Scott Beck,  John Krasinski et Bryan Woods
Interprétation : John Krasinski, Emily Blunt, Milicent Simmonds, Noah Jupe
Musique : Marco Beltrami
Photographie : Charlotte Bruus Christensen
Montage : Christopher Tellefsen
Maisons de production : Platinum Dunes
Distribution (France) : Paramount Pictures
Durée : 95 minutes
Genres : Thriller, Epouvante
Date de sortie (France) : 20 juin 2018

États-Unis – 2018

 

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