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Revenge de Coralie Fargeat : la blonde contre-attaque
4.0Note Finale

Parmi les sensations de Gérardmer se trouvait Revenge, le premier film de la française Coralie Fargeat. À une époque où chaque film de genre est un peu accueilli comme une délivrance en France, Coralie Fargeat décide de mettre les pieds dans le plat et de lancer une attaque frontale avec un rape & revenge, le type de films que l’on voit que très rarement dans notre pays. Accompagnée de son acolyte Matilda Lutz en tête d’affiche, les deux filles sont prêtes à dézinguer les codes et surtout les hommes.

Un désert caniculaire. Une maison luxueuse avec piscine. Un bellâtre plein aux as passe du bon de temps avec une jolie bimbo avant que deux collègues de travail viennent se taper l’incruste pour une partie de chasse. Forcément les choses vont dégénérer et la pauvre jeune femme va se retrouver violée puis empalée sur un arbre mort. Tout ça avant que ne sonne l’heure de le vengeance, et que la bimbo ne renaisse en véritable machine de guerre, petite tenue et gros calibre à l’appui.

revenge-film-2018-coralie-fargeat-matilda-lutz-kevin-janssensRevenge ne cherche pas à faire compliqué, là où on peut faire simple. Le Rape & Revenge est un genre assez calibré que l’on a déjà vu maintes fois au cinéma, de Wes Craven à Quentin Tarantino en passant par Abel Ferrara. Le point commun de tous ces cinéastes est leur paire de chromosomes XY. Ici, place à une femme derrière la caméra, et Coralie Fargeat a bien conscience du milieu où elle met les pieds. La jeune réalisatrice va donc pouvoir se donner à cœur joie en s’amusant de ces codes phallocrates. Rien de mieux pour ça que de présenter sa future héroïne de manière hypersexualisée afin d’attirer direct le regard lubrique des mâles en chaleur. Fargeat pointe directement du doigt ce « male gaze » dans un contexte qui se trouve d’autant plus d’actualité. En créant ces personnages répugnants incarnés par les 3 hommes du film, elle s’attaque au problème de façon frontale. Alors que le #balancetonporc a fait bouger énormément de choses, Fargeat ne s’est pas privée de représenter ces hommes de cette manière et à tous les niveaux. En témoigne ce gros plan sur la bouche du mec regardant bêtement son compagnon sur le point de violer Jennifer en mangeant une barre chocolatée. Ne reculant devant rien, Fargeat va  laisser le rape pour passer à ce qui donne le titre du film, le revenge.

On dit au revoir à la petite poupée, et on dit bonjour à la « action girl » assoiffée de vengeance, prête à donner un bon coup de couteau dans les couilles de ses tortionnaires. On oublie la belle robe flashy et la chevelure blonde et on laisse place à une tenue de guerrière légère tachée de sang et de crasse, ainsi qu’une grosse brûlure dans le dos, témoins de son destin funeste. Forcément les mecs balisent, et une véritable chasse à l’homme ou à la femme se lance entre les deux camps. Fargeat passe alors en mode survival dans ce désert étalant sa couleur ocre sur des distances infinies. En métamorphosant son héroïne en véritable Rambo, elle en profite pour balayer les stéréotypes de ce genre de personnages, écrits le plus souvent à partir de fantasmes masculins. Jennifer révèle une débrouillardise insoupçonnée au vu de la première partie du film, montrant de nombreuses ressources lui permettant de se sortir de situations compromettantes, et de nous montrer comment cautériser une plaie avec une canette de bière. Alors que proies et prédateurs changent de camp, Fargeat n’hésite pas à en repasser une bonne couche pour tourner en ridicule ces hommes soi-disant virils comme le prouve cette hilarante séquence du verre dans le pied. Revenge prend alors une tournure d’autant plus jouissive et girl power.

revenge-coralie-fargeat-matilda-lutz-critique-filmMais Coralie Fargeat ne se contente pas d’être incisive dans l’écriture, elle montre également un talent marqué pour la forme. Elle entretient une esthétique clinquante, avec ces couleurs saturées montrant dans un premier temps un paysage de rêve pour la jeune fille qui va très vite se transformer en cauchemar infernal, pour enfin devenir une délivrance cathartique au travers de mises à mort élaborées, et n’hésitant pas à plonger dans une certaine violence. Dans la composition des plans, Fargeat révèle un goût pour le sensoriel, se permettant des petites expérimentations, au travers de gros plans, ou de montages super cutés. L’un des exemples les plus frappants est celui d’un trip au peyotl où le psychonautisme de Jennifer lui confère une lucidité folle. Le film fourmille d’idées visuelles, qu’elles soient dans la structure des plans avec certains nous renvoyant dans un univers rétro-futuriste illuminé aux néons, ou au travers de plans-séquences faisant bouillir la tension. Forcément tout explose dans un final complètement halluciné où la maison luxueuse devient un champ de bataille psyché maculé de sang. L’ange de la vengeance de Coralie Fargeat, Matilda Lutz, se donne corps et âme dans cette croisade viscérale et n’hésitant pas à écraser la figure patriarcale à coup de gros calibres dans la tronche. C’est jouissif, c’est furieux, c’est insolent, et ça fait du bien. 

Revenge – Bande Annonce

Synopsis : Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme… 

Revenge – Fiche Technique

Réalisateur : Coralie Fargeat
Scénario : Coralie Fargeat
Interprétation : Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède
Photographie : Robrecht Heyvaert
Montage : Coralie Fargeat,  Bruno Safar, Jérôme Eltabet
Maisons de production : MES Productions, Money Pack films
Distribution (France) : Rezo films
Durée : 108 minutes
Genre : Rape & Revenge
Date de sortie : 7 février 2018

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